2î(l LA REVUE SOCL',LISTE galliléens qui leur padaient d'un Dieu mort du supplice des esclaves pour la rèdemption de tous les opprimés et c'est ainsi que, pour ne pas avoir doublé sa pure morale d'une politique sociale, le stoïcisme liyra pour seize siècles le moncle au fanatisme religieux, le plus compresseur et le plus rétrograde (1). V. - LA MORALE PHILOSOPHIQUE DANS LES TEMPS MODERNES. Le plus jus toment illustre des moralistes modernes Emmanuel Kant, a relevé. il y a un siècle, en l'ornant de sublimes <leYises,le gloi-ieux drapeau du stoïcisme. Comme les stoïciens, Kant veut que la vertu soit désintéressée 11 autrement on est au marché et non dans la maison de Jupiter». Il est vrai que par ses postulats de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme, il déroge à son principe et de la façon la plus fâcheuse en tombant dans les sanctions extra-terrestres des morales religieuses, dérogation que lui a justement et vivement reproché Schopenhauer (2). Les trois grands motifs de la morale kantiste ont été formulés comme suit: (1) Dans un livre trop peu connu : Uchronie, histoire de la civilisation européenne comme elle aurait pu être et comme elle n'a pas été, Ch. Revouvier fait vivement ressortir ce défaut du stoïcisme. Il suppose que Marc-Au1·tllese reconnaissant meilleur philosophe que bon empereur, a cédé l'empire à cel'taines conditions à son lieutenant Varus. Celui-ci ferme les cirques, abolit graduellement l'esclavage, reconstitue les libertés communales, réforme l'impôtet établit la République. Une Europe nouvelle naît et se développe. Lorsque les barbares du Nord tentent leurs invasions du cinquième siècle, ils se trouvent devant d'innombrables légions de libres citoyens fortement attachés à leur sol natal en vertu d'un système agraire plus radical que celui des Gracques et ils sont facilement vaincus et refoulés en Orient. Là, sous l'influence des évêques et des fanatiques chrétiens les hordes germaniques adhèrent au christianisme qu'elles féoda\isent et bientôt à la tête de toute la moinerie catholique, elles tentent de nouveau la conquête de l'Occident sous prétexte que les Infidèles gardent à Rome, le tombeau des apôtres Pier1•e et Paul. Les Germains sont encore vaincus par les fédérés républicains d'Occident. Mais cette nouvelle victoire a pour résultat de les faire réfléchir, ils s'éprennent de la civilisation occidentale et au retour ils proclament la réforme religieuse et entrent dans le cercle des peuples occidentaux dont la marche vers le progrès est si rapide, qu'en l'an 1000 ils se sont déjà constitués en Etats-Unis d'Europe s'épanouissant chacun dans la paix générale, dans la liberté politique et dans la justice sociale. C'est une forte et juste critique que cette utopie. (2) Tout cela repose sur cette hypothèse que l'homme dépend d'une volonté étrangère qui lui commande et lui édicte des châtiments et des récompenses ... Morale d'esclaves... (Schopenhauer, le Fondement de la morale, traduction de A. Burdeau.)
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