' r L'ÉVOLUTION MORALE ET LE SOCIAl,ISJ\1E 275 Va jusqu'au mépris de la souffrance, de l'opprobre et de la mort et la volonté affranchie; en te faisant lib1·e tu seras heureux: et indépendant de Dieu même, car si tu d~is ià. lJieu de vivre, tu ne dois qu'à toi seul de bien vivre. Impitoyable envers lui-même, le stoïcieu est doux à autrui, il étend sur tous sa sympathie, les ho::nmes sont ses fils et les femmes ses filles, il va les trouver pour leur dire où sont les maux: (1). c Il veille et peine pour l'humanité entière c2.r, s'élevant au-dessus de la famille, de la cité, de la patrie il prêche l 'amoµr du genre humain. L' Athénien disait: 0 chère cité des Cécrops; le stoïcien, citoyen du monde, s'écrie : 0 chère cité de Jupiter (2). Le stoïcien va plus loin il étend sa bonté à tout ce qui vit, car irrègnc entre tous les êtres et entre toutes choses un nœud sacré, un rapport de famille (3J. La noble doctrine passa d'Athènes à Rome où elle devint l'inspiratrice de toutes les nobles àmcs, influençant Cicéron même. Elle honora par ses Caton, ses Helvidius Priscus, ses Thraséas, ses Pétus ses Barca Soranus et quelques femmes héroïques dont l'Arria, de Pétus et la Pauline de Senèque, le souyenir de la République. Si puissante élait son action sm· les meilleurs de la Rome du II• siècle, qu'avec Antonin le Pieux et Marc-Aueèle, elle s'assit sur le trône impérial. Il parut alors que la philosophie libératrice allait succètler aux religions épuisées dans le gouvernement des hommes. Tout annonçait que l'ère de paix, de lumière, de réparation et de justice, prophétisée par Virgile allait ouuir ses portes d'or deyant l'humanité éblouie et conviée aux plus splendides destinées. Qui aurait craint alors que la secte obscure, aux principes irrationnels et décevants qui avait pris naissance dans la plus antipathique des peuplade~ sémitiques, flagellée de si haut par Tacite pourrait, malgré la prétention de ses Tertullien, a~pirer à la domination des âmes ? Il en fut pourtant ainsi; non pas en suite d'une inexplicable déviation de l'esprit humain; mais en conséquence du vice capital de la doctrine st.oïcienne, parce que négative au point de vue social. En effet tout au perfectionnement individuel, a l'exaltation de la conscience et de la dignité intérieure de l'homme, le stoïcisme n'osa rien entreprendre pour mettre fin aux deux plus intolérables iniquités ùu monde romain : l'esclavage et les cirques. La masse immense des asservis et des victimes se détourna d'une philosophie qui n'était accessible qu'aux forts et qui, au lieu de se servir du sceptre impérial pour faire de la justice, pom1 ressusciter les anciennes libertés ne savait qu'élaborer de belles maximes morales. Les souffrants et les espérants écoutèrent les illuminés (1) Epictète : Entretiens. (2) MarcAurèle : Pensées. (3) Senèque : Traité des bienfaits. ..
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==