La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

2i 1 LA REVUE SOCIALISTE lcment à chaque homme, mais encore à chaque êt.re, à chaque chose. EnOn, contrairement ù l'école cyrénai'que que venait de fonder Aristippe, ci. qui rst toute contenue dans la recherche sans frein du plaisir, Al'istote, voyant surtout le bonheur dans l'activité inLellec1uclleet rlans l'action guidée par la raison, au sein des cü·consta.nces fa:rorables à cette action même, avait écrit que la -certu, est dans le JU1·lemilieu en loùte chose, c'est-à-dire <lansla modéra.Lion(1). Mais jamai encore on n'avait enseigné, avec la Yigueur stoïcienne que la vertu se suffit à elle-même, que l'homme Yertueux est heureux par cela même et qu'il dépend tol:jours de lui de braver le destin, en 1fo:ant,comme ,lcyait plus tard faire Possidonius torturé à Rhocles : « Douleur tu as beau faire, tu n·es pa~ un mal. » Inauguré par Zénon, systématisé par Chyrisippe, exagéré par Cléanthe, puis propagé l)ar Ariston de Chio, Diogène de Babylone, Panétius, rleRhoc'les,Possidonius ù'Apamée et Antipater de Thessalonique, le stoïcisme se condensa dans la doctrine que l'on peut résumer ainsi : Nous devons aimer le bien pour lui-même et non pour le bonheur qui, dans cette vie ou dans une autre, doit en résulter pour nous. Le plaisir et la douleur ne sont rien pour le sage. car pour lui le juste est le seul bien, l'injuste est le seul mal, et tout cc qui n'est en soi ni juste, ni injuste, doit être indifférent à ses YŒUX. Le bonheur et la vertu se confondent; ils dépendent de nous: sachons vouloir: Nûtre bien et notre mal sont dans notrn volonté, car la volonté intérieure et libre de l'homme est suffisante pour le soustraire aux coups de la fortune et clesautres hommes. li y a sans doute des choses qui ne dépendent pas de nous, dP-claignons-les, et ne mettons notre bonheur que dans les choses qui dépendent de nous, Là est le secret du bonheur : Les choses qui ne dépendent pas de nous sont le corps, les biens, la réputation, les dignités, en un mot toutes les choses qui ne sont point du nombre de nos actions. Les choi!es qu; dépendent de noua sont libres par nature : rien ne peut ni les arrêter, ni leur faire obstacle; quant à celles riui ne dépendent p:is de nous, elles sont faibles, esclaves, sujet tes à mille oi.>staclcset a mille inconvénients, et entièrement étrangères à l'homme ... La malacl1e,par exemple, est un empêchement <lu corps, et nullement de la volonté, i\ moins qu'el:e même ne le veuille. Je suis boiteux, voilà un empêchement pour mon pied, mais µour ma volonté, point. Pour tous les accidents qui t"ar.'étcront, d;s-toi la même rhose; et tu trouveras quïls sont toujours un empêchement pour quelque chose, non pour toi. (1) Voici quelques-unes des déterminations de vertus d'Aristote : Défaut Juste milieu lixcès Lâcheté Courage Témérité Insensibilité Tempérance Intempérance Ladrerie Libéralité Prodigalité Humilité Grandeur d'Ame Gloriole La théorie est passée en proverbe : In medio atat virtu•.

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