La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

r,'ÉVU~,UTIO:--1 MORALE P:T LE SOC!ALTS)!E 2î3 l V. - LA MORALE PHILOSOPlIIQUE DAN:, L'ANTIQULTÉ. Comme il est dans la nature de l'homme de maximer ses acquisitions et ses expériences, cette apoLhéosede la valeur individuelle - qui ne Yapas d'ailleurs s1,ns quelques inconvénients moraux. et sociaux. - devait trouvei· son ex.pression dans une philosophie de la dignité humaine.: ai.nsi en adYint-il. Pendant que l'h6roïque Jiellénie prenait l'empire du monde, faisait d'Alexandrie, clePergame et d'Antioche de nouvelles métropoles de l'esprit humain, Zénon vint enseigner sous les portiques du Pécilo d'Athènes (1) la noble morale de la conscience humaine et de la souveraineté de la raison. Avant Zénon, Epicure, tant calomnié, avait enseigné que le bonheur consiste dans la tranquillité sereine de l'esprit ou ataraœi"e, quo l'homme peut acqué1·ü·en se c16livrant de la terreur cle dieux. imaginaires, en maîtrisant ses désirs et en pratiquant la prudence, la tempérance, l'honnêteté et la justice. Antisthène et Diogène avaient appelé les hommes à la liberté et a la dignité philosophiques. Platon avait célébré l'identité de la science du bien et du beau dans l'Idée pure et dans l'Amour et recommandé aux hommes la pratique àe trois vertus (pour la raison, la Sagesse; pour le cœur, le Courage; pour la sensibilité, la Tempérance) qui se confondent dans la Ju,- ticc, vertu harmonique consistant à rendre ce qui est dû non seuléniques, les succès foudroyanh d'Agésilas et la brillante retraite des DixMille le disaient suffisamment. D'autre part, Philippe, l'élève tl'Epaminondas, avait, après sa magnanime victoire de Chéronée, amassé vlus d'éléments de victoire qu'il n'en fallait pour, selon le mot d'alors, helléniser l'Orient, La. Perse ne fut donc pas domptée par Alexandre qui commit autant de faute~ que de crimes, elle le fut par les fortes et invincibles phalanges de Philippe, audessus desquP.lles planait l'ailé souffle de feu, que Michelet appelle si bien « l'âme de Hellénie )). Le fils d'Olympias, le jeune et féroce écervelé qui trempa probablement dans l'assassinat de son père, débuta par l'horl'iblc sac de Thèbes (Thèbes rasée. 30,000 cit0yens thébains vendus comme esclaves en un jvur), continua ses jeux cruels par les b:1rbares folies qui suivirent b prise de Gaza, puis vinrent les crimes plus personnels, l'assassinat, dans un momc11td'ivresse, de Clitus son sauveur, la mise en croix du philosophe Callisthène (neveu d'Aristote) qui avait refusé d'adorer le tyran; le tout couronné par les honteuses orgies Je Babylone. Un tel homme était étranger au véritable héroïsme hellénique qu'il dévoya, corrompit et deshonora. Au&ji disparu_t-~ljustement dans un nuage. de san 1 g _et d'ignominieuses débauches, ayant mérite, non pas les lâches apotheoses d historiens menteurs et serviles, mais la flétrissure vengeresse de la véridique histoire qui doit, elle aussi, rentrer dans les lignes morales de la vérité et de la justice qu'elle a trop souvent foulée aux pieds jusqu'ici, devenant ainsi la corruplt'ice des peuples et des individus au lieu d'ètre leur éducatrice. li) D'où le nom de la doctrine Stoïcienne, de IToot portique.

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