La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'ÉVOLUTION MORALE ET LE SOCIALISME 271 Qui nommer encore? tout est tellement social dans cette magnifique Hellade que les poètes mêmes n'y sont ni des rêveurs solitaires, ni des parasites des grands. « Ils se mêlent, dit Louis Ménard (1), à la vie active dans les luttes pour la conquête du droit et c'est le cœur de la patrie qui bat dans leur poitrine. >> Déjà les Théognis, les Simonide, les Callinus, les Mimnermo, les Phocylitle ont sur les traces d'Hésiode chanté le travail, la modération, la justice, glorifié la valeur et sanctifié l'amour de la patrie. Au nombre de ces poètes gnomiques et philosophistes s'est placé Solon, plus grand et plus illustre pour avoir mis le sceau à la grandeur morale et politique d'Athènes, en la dotant d'une législation démocratique, très soucieuse du travail et de la justice. Peu après Solon, le plus grand des philosophes antiques, l'initié de tous les mystères, Pythagore, a dit aux hommes en leur proposant une morale sublime : Devenez dieux vous-mêmes, c'est-à-dire fortifiez-vous par la science, perfectionnez-vous par la pureté, la justice et la bonté et ainsi préparés, subjuguez la nature, en découvrant ses lois et faites de la terre un lieu de délices (2). Tels ont été ou sont les éducateurs philosophiques de l'Hellénie, lorsque los innombrables armées perses envahissent la presqu'île qui fièrement émerge, entre les mers d'Ionie, d'Egée et de Crête. Tout semble perdu; mais les Athéniens, optimistes comme tous les vaillants (3), 1•efusontde désespérer et sous la conduite de Thémistocle et de Miltiade ils s'en vont un contre vingt, Eschyle dans les rangs comme simple hoplite, battre les ennemis de la liberté et sauver l'Europe, à Marathon. Chassés une première fois avec Darius, les envahisseurs reviennent, avec Xercès, quatre foisplus nombreux, sur douze mille vaisseaux. Après s'être heurtés aux trois cents de Léonidas dans les défilés des Thermopyles, ils trouvent encore la défaite devant les (1) Louis Ménard :· Du polythéisme hellénique. (2) La morale pythagoricienne a été splendidement résumée par Théano d'abord fille adoptive, puis épouse de Pythagore dans les Vers dorés dont l'initié Fabre d'Olivet nous a donné une traduction devenue classique. Nous les avons reproduits clans notre 1'\!loralesociale. (3) • L'optimisme n'est pas toujours conforme à la réalité des choses, mais il est souvent Jechemin de la victoire. Il sauva la liberté ancienne avec les Athéniens, il a fondé la liberté moderne avec les Français de la grande Révolution. « La sagesse consiste peut-être à penser en pessimiste, car la nature des choses est cruelle et triste, et à agir en optimiste, car l'intervention humaine est efficace pour le mieux-être moral et social et que nul effort_de justice et de bonté, quoi qu'il puisse noua apparaître, n'est jamais complètement perdu. (B. Malon: Morale sociale )

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