La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

203 LA HEVUE SOCIALISTE Ennemi de la science et de la raison, c'est-à-dire du progrès philosophique et social, le mobile religieux. n'est pas moins contraire au bonheur des hommes auxquels il impose des souffrances sans profit, des privations inutiles et des terreurs infinies, tandis qu'il déprime l'âme humaine en la déformant par les antipathies sectaires, par la perversion de la raison résultant de la disjonction <le la croyance et de l'expèrience, par le fanatisme haineux et par la condamnation des meilleurs sentiments affect.ifs et sociaux (1). Les moralistes philosophiques utilitaires et socialistes ont donc raison <lerepousser le mobile religieux <lela morale (la crainte d'uu Dieu omnipotent et arbitraire). Cemobile a eu son heure d'efficacité relative aux débuts des civilisations, mais il est maintenant illusoire dans son principe et anti-social dans ses commandements, puisqu'il sacrifie a un absolu chimérique, tout au moins indémontrable, les lois vivantes, les souffrantes réalités humaines et terrestres. « Souffrir, dit Feuerbach, est le grand commandement du christianisme, l'histoire du christianisme lui-même est la Passion de l'Humanité. ~ Or il est enseigné, sous les portiques socialistes, que l'homme a pour devoir de combattre le mal et la souffrance, en lui et autour (le lui, <lecon'tribuer de toutes ses forces à faire de son globe un Eden de lumière, <lebonté, de justice et de bonheur. III. - UNE VICTOIRE DE LA PHILOSOPIIIE. Avec le scepticisme, quelquefois profond toujours ironique,qui le ,listingue, Ernest Renan a décoché ce trait à la philosophie: c On < compterait les âmes qu'a ennoblies la philosophie; on ferait en • quatre pages l'histoire de la petite aristocratie qui s'est groUJ)ée « sous ce nom; le reste, livré au torrent de ses rêYes, de ses ter- « 1·em'R,<leses enchantemenb,, a roulé pêle-mêle ilaus les hasar- ~ <leusesvallées <lel'instinct et <lu délire, ne cherchant sa raisou « d'agir et <lecroire que dans les éblouissements de son cerveau et les palpitations de son cœur. ,, On pourmit tout d'abord répondre, avec Tyndall, qu'en somme la 1>hilosophievivi(lée pa1· la science am·a ùientôt délivré l'homm<' occidental des teereurs et des servitudes religieuses, et que ce n'est pas li une œuvre si dédaignable. Nous préférons montrer par un exemple illustl'e qu'une èlite de citoyens, assez mal lotis en fait do 1·eligion,Yo_iremême en fait de moralisme, mais ayant puisé le cou- (1) V. La religion naturelle, son i11flue1iccsur le bonheur du genre humain, \Ml' Jérémie, Ucutham et George~ Grote.

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