La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'ÉVOLUTION MORALE ET !,E SOCIALISME 267 Dominique (l'inspirateur du massacre des Albigeoi"s). Les voies sinistres étaient ouvert.es ùepuis longtemps. Depuis·la destruct10n du Sérapéum et l'incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie par les hordes monacales de l'évêque Théophile; depuis surtout l'assassinat par les bandes de l'évêque Cyrille, de la domière repré~entante de la philosophie, la glorieuse Hypatie (1), il était entendu que le fondement ùe toute science e~t dans les Ecritures et dans la Rêvélation écrite, que Dieu ne nous a pas seulement donné un critérium du vrai, mais, qu'il nous a appris tout coqu'il voulait que nous sussions et que les écritures contiennent la somme des connaissances nécessaires (2). Augustin et Eusèbe systématisèrent la chose et la science, la grande libératrice la raison mère de la just.ice, tlont la bouté est le principe, furent non seulement anathémisées, mais lh·rées aux toetionnairesclu fanatismeagissantjus(1ue dans l'époque modeme (3)· Cela dura tl'ailleurs autant que la puis ·ance chrélieune, Giordano Bruno, Vanini, La Barre en témoignent pat· leu ts supplices, jusqu'au xvue siècle (4). Au point de vue éducatif, la morale chrétienne n'est pa; moins ùépressiYe, un généreux philosophe (5) ra dit: croire a la méchanceté ùc quelqu'un c'est le rendre en général plus méchant qu'il n'est. Or quelle esttl'idée dominante de la moeale chrétienne: l'impuissance clela Yolonlé sans la gràce; en d'autre:- teemes l'opposition du Youloie et du pouYOÎl';le péché originel installé au cœur de l'homme eLle ùépl'irnant dès l'enfance. Rien n'est plus propre à raréfier les efforts moraux. (1) Chateaubriant : Etudes historiques. (2) Draper : Les conflits d~ la science et de la religion, (3) Les Espagnols brulè,·enl à Mexico des monceaux d'écritures hiéroglyphiques et le cardinal Ximénès réduisit en cendres, sur la place de Grenade, huit mille manuscrits arabes. Qui ':ivaluera ces pertes du savoir humain~ (4) D'après le professeur Arnold Dodelfort, on relève sur les registres de la prjson de Lucerne qu'en 1659, en cette ville, une petite fille âgée de sept ans et nommée Catherine fut attachée à un poteau et brûlée vive pa1·ordre du tribunal criminel, parce qu'elle ne pouvait pa!i croire à un Dieu en trois personnes. La Réforme ne mit nullement fin à cette proscription de la pensée humaine, comme l'attestent les anathèmes furibonds de Luther, de Mélanchton contre la acience et contre la philosophie, comme l'atteste plus cruellement le bûcher de J.Iichel Servct, allumé par le dur Calvin. Le protestant libéral Draper dit expressément dans ses Conflits de la scie~ce et de ~a religion_: « La f_unes~e maxime autrefois mise en avant par Tertullien et Samt-Augustm et qui avait 'été si profitable à la pap:i.uté, que toute scienre est renfcrm!e dans les écri~ tures fut énergiquement maintenue. Les chefs de la Reforme Luther et Méla:1chton, étaient décidés à bannir la philosophie de l'Eglise. » (5) Guyau : De l'Éducation et de l'Ilérédité.

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