266 LA REVUE SOCIALISTE où la volonté divine, interprétée parles prêtres est tout, tandis que le monde social ne pèse pas un atome ? Les héros de la Cl'amte de Dieu, ce furent les solitaires de la Thébaïde, ce sont encore les moinescloîtrés qui fuient le monde, foulent aux pieds les al!ections les plus naturelles, les devoirs sociaux les plus stricts, pour s'en aller égoïstement, au prix de ridicules ma cérations,conquérir leur part de paradis, comme le firent les Anto ine, les Pacome. les Siméon Stylite et autres personnages terrifiés par la peur de l'enfer. La morale humaine répudie ces déserteurs du devoir social, qui ont fui le monde et ses charges, poussés excl usivement par l'égoïste préoccupation ùe leur salut inùi viduel. Les socialistesque les chrétiens anathérnatisentcommeincroyants , nous disent, au contraire, que le but égoïste est le but inférieur, que nous devons ne pas séparer notre salut du salut de nos sembla bles et de traYailler dans la souffrance, dans l'épreuYe, sous les outrages, à la rédemption collective, sans rien attendre pour euxmêmes, disant avec Proudhon que s'ils ont « perdu la foi en Dieu, ils ont acquis la foi en l'humanité, qui dit, justice, indulgence, bonté et solidarité ». Tous les chrétiens, je le sais, n'ont pas en vue que leur « salut éternel-; denos jours beaucoupd'entre eux admettent qu'il faut travailler à l'avènement de la justice dans l'humanité et ils agis sent d'après ces principes. Ceux-là, les meilleurs, rejettent pratiq uement le mobile de la crainte de Dieu, dont ils prononcent ainsi, qu'ils le veuillent ou non, la condamnation : leurs œuvres sont en rebellion contre leur foi. En résumé, basée sur la soumission absolue à une entité aussi immuablement implacable, la morale religieuse est forcément c ontraire au progrès social et au bonheur des hommes. Au prog rès social la douloureuse histoire des quinze derniers siècles d'into lérance oppressive illustrée par le massacre de millions de libre-p enseurs et d'hérétiques et par cette honte éternelle du catholicisme : l'Inquisition, que la cruelle Isabelle de Castille et son exécra ble confesseur Torquemadainaugurèrent en Espagne d'après les en seignements de saint Augustin, de saint 'l'homas d'Aquin (1), de s aint ( 1) « Si les faussaires et autres malfaiteurs sont justement punis par les princes séculiers, à plus forte raison, les hérétiques convaincus doivent-ils être nonseulement excommuniés, mais punis de mort. L'église témo igne d'abord i?a miséricorJe pour la conversion des égarés; car elle ne le co ndamne qu'après une première et seconde réprimande. Mais si le coupable est obstiné, l'Eglise, désespérant de sa conversion et veillant sur Je saluL des aut res, le sépare de l'Eglise par sa sentence d'excommunication et le livre a~ ju gement séculier pour être séparé de ce monde par la mort. (Sain,-Thomaa d'Aqvin: La Somme théologique.)
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