L'ÉVOLUTION MORALE ET LE SOCIALISME 265 et d'horreur. Michelet, en sa vivante Histoire de :Frnnce, parle avec épouvante de la somme de douleurs que pendant quinze siècles la terrifiante théorie a jeté dans les âmes croyantes; et il se demande si jamais dogme plus déprimant, plus foncièrement immoral opposa son veto au progrès humain. Or, il fallait croire ou mourir, le même Augustin, précurseur de Saint-Dominique et de l'Inquisition, l'enseigna sur un ton qui ne permettait pas de réplique (1). Mais dira-t-on, le sinistre Carthaginois ne fit pas la loi sans conteste, le dogme de la prédestination fut adouci, en Occident par la théorie de la grâce suffisante. C'est vrai. Maisil est vrai également, et ici, il faut, selon la forte expression de Carlyle, faire une pause « en silence et en douleur sur les ténèbres qui sont dans l'homme -., il est vrai également que l'effroyable doctrine fut reprise, au seizième siècle par Luther, Mélanchton, Ca1Yinet leurs innombrables sectateurs. Il est vrai encore qu'elle fut reviYifiée au dixseptième siècle, par Jansénius et qu'elle domine encore le protestantisme janséniste. Heureusement qu'à un certain degré de développement, l'homme est supérieur à ses vieilles croyances. Malgré saint Paul et saint Augustin, les chrétiens croient aux œuvres. Ils regimbent devant l'arbitraire divin, mais ils en sont encore à la crainte de Dieu comme mobile moral unique. Or, quel bien social attendre d'une doctrine (1) « Le salut ne peut se trouver nulle part que dans l'église catholique. Imaginez un homme ayant d'excellentes mœurs; s'il n'a pas la foi, elles ne sauraient lui apporter aucun avantage. Prenez-en un autre dont les mœurs sont moins bonnes; s'il possède la foi, elles ne sauraient lui apporter aucun avantage. Prenez-eu un autre dont les mœurs sont moins bonues; s'il possède la foi, il peut obtenir Je salut auquel le premier ne peut arriver. > « Dans ceux qui n'ont pas voulu s'instruire, l'ignorance est un péché; dans ceux qui ne l'ont pas pu, c'est la peine du péché originel, donc, ni les uns ni les autres n'ont une juste excuse; ils subissent les uns et les autres une juste condamnation. Socrate Marc-Aurèle, Scipion sont tous exclus du royaume éternel. Des païens ne s~uraiént ét!'e sauvés, n'ayant pas la foi en Jésus-Christ. S'ils étaient sauvés, ce divin sauveur serait donc mort inutilement! » « Toute justice dont la piété n'est pas le mobile, n'eit pas la justice. Toute vertu qui n'a pas Dieu pour objet n'est pas une vertu, mais un ~ice. . , .: Dieu a dit : tu ne tueras point. Mais s'il n'y a plus de defense, il n Ya plus de crime, et, , i Dieu, par une prescription spéciale ordonne de tuer, l'homicide est une vertu. " « C'est en vue du bien des hérétiques qu'on les contraint à changer de foi. Agir autrement à leur égard, ce serait _leur r_endre J~ mal pour le :°al. Compa• rez ce que font les hérétiques et ce qu'ils subissent : ils tuent des ames, on les frappe dans leur corps. Peuvent-ils se plaindre de recevoir la mol't temporelle, • eux qui infligent la mort éternelle! > « Les bons et les mvchants péuuent faire la même chose, mais dans des desseins· différents. C'est par juste vérité et par amour,_ que les bons persécutent les méchants. (Saiut-Augustin : Cité de Dieu, passim.) 18
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