La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

• LES ÉLECTION::, ALLEMANDES 253 • liste allemand, parce qu'a notre sens, il est fécond en enseignements de toute nature. Il montre que le révolutionnarisme le plus ferme - et la doctrine socialiste allemande est nettement révolutionnaire au sens philosophique de ce mot, trop de fois compris dans une acception banale, synonyme de coùp de force - peut évoluer et faire d'immenses progrès, sans recourir aux violences inutiles. Certes, M. d~ Bismarck n'eût pas mieux demandé que de se trouver en· présence d'adversaires intempérants, exigeant sur l'heure, comme pour mieux faire constater leur impuissance, la refonte radicale de la société et menaçant de rendre coup pour coup, émeutes pour provocations. Le soin qu'il a mis a prodiguer les provocations, la grossièreté de forme réfléchie qu'il leur a donnée, prouvent qu'il s'attendait a mettre en défaut la circonspectionde ses adversaires. Ce en quoi il s'est trompé. Rien n'a pu les faire sortir de leur calme ni départir des nécessités de prudence· commandées par la situation. Les socialistes allemands voient leurs forces s'augmenter tous les jours. Les victoires du despotisme impérial baillonnant le pays, remaniant le code pénal afin de pouvoir,mieux los atteindre, sont autant de victoires désastreuses pour le gouvernement. L'avenir s'ouvre tout grand devant eux, avec la perspective du triomphe. A quoi bon engager un combat décisif, dont l'issue sem.bleaujourd'hui douteuse. Ils vont donc, confiants et tranquilles, enrégimentant les prolétaires et tous les hommes de bonne volonté. Si M. de Bismarck, le visage rouge de colère, leur jette une injure ·ou une imprécation, ils haussent les épaules et.ne se laissent pas détourner pour si peu, du but opiniâtrément poursuivi. On ne saurait trop le répéter; c'est cette marche presque silencieuse, exempte de bonds désordonnés, qui terrifie la bourgeoisie allemande et qui, par contre-coup, commence à faire réfléchir les bourgeoisies européennes. On croyait jusqu'ici que le parti socialiste ne pourrait pas sortir de sa période embryonnaire de formation, et qu'il resterait à jamais l'expression des aspirations violentes, mais mal définies des centres industriels. C'est ce qui décida M. de Bismarck à accorder a l'Allemagne le suffrage universel. En faisant la part du feu, se disait-il, en donnant aux masses cet instrument d'affirmation très imparfait, il contiendrait le mouvevement. A cet effet, il dessina une carte géographique électorale découpée de telle façon que les socialistes fussent à jamais cantonnés dans quelques circonscriptions. Grâce à ce système, il est arrivé, sans doute, à faire élire des can- , didats par deux ou trois mille voix, lorsque des socialistes restent sur le carreau à Berlin avec plus de 23.000bulletins portant leurs noms. Avec3.545.000voix données à ses candidats, il a pu disposer d'une majorité de députés considérable et écraser une minorité

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==