REVUE DES LIVRES « ne sont pas <leVl'ais contrats, et l'égalité. juridique des contractants est uue « d_érision toute pur~ .•. }1 ~ a _réel(ement une question sociale ... Ce n'est pas « simplement un pénl qu t1 s agit t1·etoulfer, ce sont des réclamn.tions naturelles << incompressibles, auxquelles il est urgrnt de satisfail'c, dans les limites d~ « possible et du permis. » Il ne repousse donc pas a p?'iori le program111e socialiste; il nie seulement qu'il puisse réaliser ses promesses d'affranchissement social. L'examen de ce programme tient deux chapitres spéciaux. M. Secrétan a pris pour texte de sa critique les études si intéressantes que notre ami Georges Renal'd a publiées dans la Revue socialiste en 1887-88, SUI' les conclusions pratiques du socialisme contemporain, et c'est en tentant de réfuter les possibilités de réali sation sociale exposées par notre collaborateur, qu'il se laisse aller à quelques violences de langage, à la supp1·ession ou l'atténuation desquelles son livre n'aurait pu que gagner. Il reproche au socialisme de ne teni1· aucun compte de la libert6, de profe sser un v1'.lritable culte pour le nivellement. L'égalité, selou lui, est contre nature ; l'effort pour égaliser est un défi por lé à la nature. L"amour de l'égalité lui parn1t inspiré pa1· l'envie et il va jusqu'à écrire : « Le socialisme est le fruit de l'envie. » A cette phrase, je serais tenté de répéter â M. Secrétan le mot de Bastiat à Proudhon, dan:1 la célèbre polémique sur l'intérêt du capital : « Dieu, Monsieur Secrétan, que vous êtes donc en colère ! » Raison nous un peu, comme disait également Bastiat &prèsavoir secoué l'a valanc·he d'épithètes discourtoises dont P1·oudhon l'avait accablé. M. Secrét an dit dans un de ses demiers chapitres : « Si l'on définit le so(!ialisme un effort pour « égaliset· les conditions, nous le condamnerons et nous le combattrons, pa rce « q·1'il y a des besoins pressants à satisfaire qui ne permettraient point de « s'arrêter à ce nivellement. Si le socialisme, au contraire, est un effort p our « assurer à chaque être humain, qui accepte la loi du travail, les moyens de « se développer et de jouit· d'une vie convenable, alors nous sommes sociali stes « et nous estimons que chacun doit l'être. » Le socialisme est l'un et l'autre : c'est un effort pour assurer à chaque ê tre humain les moyens ile se développer et de jouir d'une vie convenable, et c'est aussi un effort pour égaliser les conditions, parce que les socialistes ne c roient pas qu'on puisse sans cela assurer à chaquP. être humain ce que M. Secrétan reconnaît lui être dû : ses moyens de développement. Que des socia listes aient parfois préconisé un égalitarisme excessif, c'est possible; qtJe la c rainte de voir t'ena.ître les criantes inégalités de conditions, contre lesquelle s, en somme, l'auteur de ces études s'élève avec une généreuse indignati,rn, ait porté certains d'entre eux à confo11dre l'égalité avec l'uniformité, je l'admets encore. Mais un penseur comme M. Secrétan ne saurait s'autoriser contr e une théorie quelconque, des impropriétés de langage ou des exagérations inu tiles de quelques sectaires, pour la frapper d'anathème. C'est comme si j'arg uais contre lui-même de cette phrase, assurément imprudente : « Le but assigné par la nature, ce n'est pas l'égalité, c'est la solidarité, qui fait du fort l'appu i du faible et de l'opulence le trésor du pauvre. > Je sais bien que dans l'exagération, -contenue clans ce dernier membre de phrase, il y a une part <l'affirmation théorique que 1\1. Secrétan ne renierait point. Il n'a cependant pas voulu_dire qu'il est indispensable qu'il y ait des gens très pauv1·es pour donner aux r iches l'occasion de les secourir; il eût été inutile alors d'écrire l'intéres sant volume que nous mentionnons ici. Ses critiques matérielles de détai~ nous par~issent. bien f~ibles. Ainsi_, __en régime socialiste, dit-il, tout perfectionnement mdustnel senut paralysé s1 1 m.
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