LA HEVUE SOCIALI::,TE lui préparant les voies de l'affi-anchissement définitif. Dans le milieu des lecteurs de M. Secrét:rn, les socialistes n'ont guère d'accès. Il co11Yieotdonc de se rt•joui1·c1u·un philosophe de son raraclùre et ,le son autorité s'efforce d'l?.ppeler l'attention de ses coreligionnairns sur les problèmes sociaux. Peu nou~ importe que la, timidité de son espril le fasse s'a1-rêter à recommancle1· des palliatifs impuissants, même <lesremèdes n6gatifs, co'llme J'épargne et la pi1rticipation aux bénéfices; que parfois, malgré sa bienveillance naturelle, il ·lf>coche aux sociaJigtes des traits amer~, quelques violences d'exp1·ession regrettables: l'essentiel est qu'on se préorcupe clu problème tragic1ue 11ue l'antagonisme des classes a posé ·depuis un demi-9iècle à notre eivillisation, et que celle-ci est sommée de résouclro, sous peine de pé1'ÎI'. M. Sec1·étan a parfailement vu et exposé cet antagonisme, que s'efforcent de nier « les riches et leurs clients>), lesquels, dit-il, « représrntcnt la présente <.< orgDnisatiou du travail et la lll'Ôsente répartition <les biens comme un d·sul- « tat du libre jeu des lois naturelles, ferment les yeux sur la misère où crou- « pissent des millions de leurs semblables, dt•c·larcut inévitables les maux qu'il « leur est impossible de nier, couvrent d'un bacligeou rose les fissures de la << muraille, trouYeut tout excellent, tout délicieux, dans un mou<le où rien ne << leur manque, et pour le reste se rnposcut sur h fusillade et sur le canon ». Si l'on songe que cette vigou1·euse esqui8se de la quiétude et cle l'égoïsme <les « riches et de leurs clients», comme dît M. Secrétan dans son langage énergique, a été publiée dana un journal religieux (Evangile et Liberté), on conviendra qu'il a fallu à l'auteur uoe dose de courage peu commun. « Nous trouvons eu face les uns des autres, dit-il encore, ici les riches dont ~ un grand nombre consacrent une partie notable de leurs revenus à soulager <.< les souffrances in<livicluelles, mais qui, pris comme classes forment leur « cœur et leur esprit à <lesmisères qu'il leur plaît <leconsidérer comme insô- « parables de la condition humaine, et qui se croient suffisamment pl'Otégés " contre le prolétaire des faubourgs par le prolétaire fies casernes; - là, des « milliers d'affamés ... :. On voit que M. Secrétan n'hésite pas à regarder en face la situation. Malheureusement, lorsqu'il s'agit de remédier· à un état de choses aussi pressant, sou intrépidité l'abandonne. C'est que l'auteur de ces études, tout e11condamnant le laissez-faire économique, est un libéral; un libéral d'autant plus épris de liberté que celle-ci se lie, chez lui, à l'ensemble <leses conceptions métapbysir1ues et religieuses. De là les contradictions, qu'il serait par trop faci1e de relever, entre ses critiques à l'adresse de la monopolisation des instruments de travail par une longue succession historique d'usurpations incessantes, et ses critiques des solutions socialistes. M. Secrétan, en effet, tout en faisant d'abord appel aux sentiments généreux des classes dirigeante~,ne veut pas obtenir d'elles que des sacrifices dictés par la pitié, mais par la justice. Et à cet effet, il montre dans ses deux chapitl'es le Droit à la ierre et La propriété foncière, que les revendications prolétariennes à la possession <le l'instrument de travail sont fondées, puisque, en définitive, la pl'Opriété contemporaine n'est que le pl'Oduit d'une usurpation consacrée par les gouvernements antérieurs; - ce qui donne Je droit aux prolétaires de réclamer des gouvemements actuels qu'ils réparent les injustices de leurs prédécesseu1·s. C'est là tout le programme socialiste, et M. Secrétan n'en conteste point la légitimité, car il dit à un endroit : « Les réclamations du socialisme sont fondées, la position du salarié, <lans « notre société industrielle n'est pas saine et n'est pas' normale. La civilisation « ne peut pas preutlre son assiette dans une foule sans biens, sans avenir et ~ sans liberté; les contrnls stipulés entre celui c1ui a tout et celui qui n'a rien
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