La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

232 LA REVUE SOCIALISTE a l'accaparement, à l'entente entre principaux détenteurs d'un produit et l'article ,119du Code pénal, tant de fois im·oqué contre le Syndicat du cuiY:'e, a dù tomber forcément en désuétude dans un ordre de choses où les tl'ois quarts de l'industrie sont rleYenus des monopoles de fait. Est-ce que les compagnies do chemins de fer, do navigation, el.c., n'ont pas accaparé les moyens de transport? L'Etat est intervenu pour préYenir les effets désastreux cl ·un tel monopole; mais, partout où l'Etat n'intervient pas, toute inclustrio ayant atteint un certain déYeloppoment, rlevient, par la force même des choses, matière à entente et accapa.l'ement. La République ne peut rien contre ce fait inéluctable. Dans l'affaire des Métaux, le krach du Comptoir <l'escompieest i:enu se greffer sur l'accaparement et, bien quo los deux crises soient absolument diflérentes (les administrateurs du Comptoir ont tout simplement volé cet établissement pour sauver le Syndicat), le scandale de l'une entraînera des poursuites correctionnelles contre los auteurs de l'autre. Mais les membres du Syndicat ne sont pas plus coupables que la plupart des industriels, qui se livrent tous les jours aux mêmes manœuvres. C'est le sy~tème économique tout entier qui est coupable et c'est à lui qu'il convient de s'attaquer. Pour cela, il faut, non rléclamer contI•1~la finance juiYe, mais armer l'État, de façon qu'il puisse interœnir plus efficacement dans la production; si l'État était maître des mines, des chemins de fer, des cauaux, de tous les moyens de transport, et en général fabricant des produits qu'il consomme, il acquerrait rapidement, sur le marché financier et industriel, une situation qui lui permettrait de tenir tète à la féodalité régnante et de préyenir les catastrophes périodiques que déchaînent los batailles des intérêts rivaux. Tant que l'Etat sera désarmé, ou tant qu'il professera la doctrine chère aux conservateurs de la droite, qu'il n'a pas le droit d'intervenir dans los conflits sociaux pour pmtégel' les faibles contre les fort~·,l'Etat ne pourra Mien et ne fera rien contre les manœuvres de la spéculation. Pourrait-il, <l'ailleurs, assurer la stabilité du marché financier, les prolétaires seraient toujours à la merci de la rapacité patronale et con lraints de passer sous les fourches caudines du capitale agricole ou industriel. En somme, pour résumer nos obseryations sur le fond même de la thèse économique de iI. Drumont, sa guerre au capitalisme juif témoigne sans doute d'une préoccupation louable inspirée par les abus visibles de notre organisation économique; mais, attribuer exclusivement aux Juifs les méfaits du capitalisme, c'est commettre une injustice, les catholiques n'étant ni pires ni meilleurs que les Juifs. Enfin, le capitalisme financier lui-même n'est qu'un des fac-

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