LA QUESTION JUIVE 231 la concurrence, qui les condamne à une lutte incessante pour la vie. Mais dites-vous, dans cette lutte, les uns sont formidablement armés et les autres désarmés. Les uns descendent dans l'arène recouverts d'épaisses cuirasses, les autres sont faibles et nus. Sans doute, le combat dans de telles conditions est inégal. Mais si vous admettez la nécessité de la lutte, vous ne sauriez reprocher au plus fort sa supériorité. Dans toute lutte, il y a nécessairement un vainqueur et un vaincu; de quel droit jeter l'anathème au vainqueur, qui eut été écrasé par son adversaire, s'il n'eut pas profité de tous ses avantages. M. de Rothschild est millionnaire. Ses coffres-forts sont bondés, non pas d'écus, ainsi que semblent le croire les antisémites, mais d'actions de toute sorte, sur toutes les mines, toutes les usines, tous les chemins de fer et tous les gouvernements du monde. Ce sont là des titres de propriété, de même nature que ceux possédés par M. Drumont ou M. le marquis de Morès. De quel droit, ces messieurs, qui considèrent leurs titres de fortune comme parfaitement légitimes et qui sans doute, ne doivent pas se priver de vendre les actions dont le crédit baiss3 pour en acheter de celles dont le crédit hausse, déclareraient-ils fruit du vol et de la spoliation les revenus de M. de Rothschild, qui est peut-être leur co-propriétaire? - M. de Rothschild spécule sur ces actions, dont il fait la hausse et la baisse à volonté, direz-vous? - Où commence et finit la spéculation? Le marchand qui vante un produit déprécié et réciproquement ne spécule-t-il point? M. de Morès, quand il achète des actions dont il espère voir monter le taux du revenu spécule-t-il? D'ailleurs, il convient de noter en passant qu'une grande partie de la spéculation des campagnes de hausse et de baisse sur les titres en Bourse passe par dessus la tête du prolétariat sans l'atteindre. Quant aux grands krachs, ainsi que je l'ai expliqué (voir notre article sur la crise économique, dans le n° 1 de la Revue socialiste) dans les premières pages de ce recueil, ils sont les accidents périodiques et naturels de notre système de production. Le krach de l'Union générale, par exemple, n'a pas déterminé la crise économique, il a coïncidé avec elle, il en a été une manifestation et voilà tout. Les antisémites reprochent aux capitaJiste5 d'être des accapareurs et à la République de ne pas punir les accaparements. Exemple : l'affaire des Métaux. . Le reproche adressé à la République est fondé, mais en apparence seulement. Qu'est-ce, en effet, que le délit d'accaparement dans notre système d'échange? Une dérogation à notre droit économique, fondé sur la légitimité du profit. La concurrenceaboutit forcément •
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