La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

230 LA REVUE SOCIALISTE turbent actuellement. la société et provoquent le tragique conflit des classes, accusé par le socialisme, que la résultante des spéculations de bourse, dan::; lesquelles les Juifs paraissent incontestablement doués d'aptitudes particulièl'es de divination. Mais les incidents de bourse, les krachs du genre de celui du Comptoir d'escompte et de la Société des métaux ne sont que des.faits contingents sans grande importance sur le processus de la concentration capitaliste en cours. Cette concentration s'opère, irrégulièrement, mais sûrement, sous la poussée de forces naturelles indépendantes des calculs des financiers eux-mêmes, qui en subissent l'action irrésistible, au lieu de les dominer, comme le croit M. Drumont. M. Drumont disait naguère, en substance, à un interwiever : Si M. de Rothschild se bornait à jouir des revenus de sa fortune colossale, au lieu de se livrer aux manœuvres de spéculation qui désorganisent la société, nous ne ferions pas la guerre à M. de Rothschild. Eh! comment M. de Rothschild pourrait-il jouir des revenus de sa fortune s'il ne l'exploitait pas, s'il ne mettait pas en valeur ses capitaux. L'argent ne fait pas des petits tout seul, disait Aristote, il y a déjà plus de deux.mille an~. Cette remarque est encore uaie de nos jours. M. de Rothschild serait ruiné au bout de quelques mois, s'il laissait ses richesses au repos. En dernière analyse, toute valeur ou richesse représente une somme de travail accumulé. Pour en tirer un reyenu, il faut l'exploiter - c'est-à-dire acheter à nouyeau du travail au plus bas prix possible, dont on vendra ensuite le produit au plus haut prix possible. M. de Rothschild ne fait pas autre chose en somme que ce que fait tous les jours'.l'industriel, l'agriculteur et tout le monde: vendre et acheter. Seulement sur le marché où tout le monde est échangiste, la situation des contractants est inégale. Le prolétaire, dépourvu de toute valeur d"échange est contraint de vendre son travail à l'industriel et à l'agriculteur à un prix grâce auquel celui-ci réalisera un bénéfice sur le produit qu'il retirera de l'activité cérébrale ou musculaire du travailleur. Les possesseurs de valeurs échangent entre eux dans les mêmes conditions d'inégalité. Au point de vue de la morale correspondant à l'ordre de choses économique actuel, il n'y a là rien de répréhensible. Que si un tel ord1·e de choses paraît inique, alors il faut le modifier, mais la guerre aux Juifs ne changera pas grand'chose à l'iniquité de la concurrence existante. La féodalité financière est la fille naturelle du système économique basé sur le profit, règle et but final de la production et de l'échange. Si dans son évolution cette féodalité perturbe le monde clutravail et amoncelle les ruines autour d'elle, les indiYidus, personnellement, n'y sont pour rien. Ils sont pris dans l'engrenage de

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