La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA QUESTION JUIVE 229 cette affaire; ce qui vient d'être dit ici suffit pour montrer que la finance catholique ne procède pas plus patriotiquement que Ja finance juiYe dans se spéculations: Au reste, la finance catholique est si inextricablement liée a, la finance juive, qu'il est bien difficile,pour ne pas dire impossible, de frapper l'une sans ~tteindre l'autre. Ce serait. une erreur, en e!Iet, de croire que le marché financier est divisé en deux camps ennemis : d'un coté les catholiques, les aryens, spéculant honnêtement, loyalement, - cle l'autre les Juifs ayant recours à tous les moyens, même aux procédés honnêtes, pour spolier leurs adversaires. On a cité, a l'appui de ce tableau partial de la Bonrse où les catholiques ont touj0t11'sle beau rôle, comme dans les mystères du moyen âge, l'affaire des ~létaux. Cette affaire a même donné lieu à des virulente attaques contre la République, accusée par les at1tisémites de laisser une fois de;plus les méfaits de M. de Rothschild impunis. Je ne sais si M. de Rothschild est compromis dam; le krach des cuivres; il est probable que le puis:ant financier n'aura pas laissé de prise possible à une action légale contre lui ; en tout cas, la Société des Métaux forme pour ainsi dire le trait d'uuion entre la finance catholique et la finance juive. Des protestants et des Juifs en étaient; mais nombre d'administrateurs cle la Société des l\Iétaux et du Comptoir d'escompte étaient aussi aux Chemins de fer serbes, fondés par des catholiques, administrés par des catholiques et exploités en Serbie à l'aide d'employés allemands et autrichiens. Si on frappe M. de Rothschild pour participation à l'accaparement des cuiYres, on atteindra aussi des financiers catholiques. Comment, dans un emmêlement si inextricable d'intérêts divers, tantôt confondus, tantôt rivaux, la guerre au capitalisme juif saurait-elle distinguer le caractère ethnique d'une entreprise financière a laquelle concourent indistinctement des Juifs et des Aryens? L'exemple deM. Bontoux, si malencontreusement érigé en martyr par les antisémites, prouve que les mêmes déprédations capitalistes sont commises par les catholiques et les Juifs : la guerre au capitaliste juif est donc une chimère. III Et, en effet, c'est bien a la poursuite d'une chimère qu'on convie le prolétaire français, abstraction faite de la manœuvre politique qui se dissimule derrière l'appel aux passioJ1spopulaires contre les Juifs accapareurs. Cette chimère provient <lece que l'on méconnaît la fonction économique du capitaliste proprement dit. M. Drumont et ses amis ne voient, dans les troubles qui per-

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