La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

200 LA REVUE SOCIALISTE avaient au moins l'excuse d'être de bonne foi. Ils croyaient les accusés coupables du crime dont ils les chargeaient. Ici, rien de tel. Le rninistè1·epublic n'a pas mèrne cette excuse, il ne peut se couvrir derrière, car, il a lui-même fabriqnè de toutes pièces les témoignages qu'il a produits pour nous convaincre. Le jury était à la fois juge et partie. Devant cette Cour, j'accuse en conséquence le ministère public et le juge Bonfi,eld de conspiration haineuse en vue de commettre un meurtre : le meurtre des accusés. Devant le public, qui est mieux que l'Etat et qui en tient lieu, je suppose, je les déclare assassins ayec préméditation. Voici d'abord un petit fait qui peut jeter de la lumière sur l'accusation po1·tée contre nous : C'était le soir du jour où les gardes ptél.oeiens de l'Association des citoyens, je veux dire l'Association des banquiers, des boutiquiers, des princes des chemins cle fer, attaquèrent le meeting des travailleurs à Haymadrnt avec des intentions meurtrières. Cc soir-la, vers huit heures, je rencontrai un jeune homme: il s'appelait LPgner. Il est membre de l'AuroraTurn-Verein (Société de gymnastique de !'Aurora). Il m'accompagna et ne me quitta pas do la soirée jusqu'au moment où jo sautai à bas de la voiture qui nous servait de tribune, quelques secondes ayant l'explosion de la bombe. Il savait que je n'ayais pas vu Schwab cc soir-là! Il savait que je n'avais pu avoir nulle conversation do cette sorte ayec personne, comme Thompson, le protégé de Marsha! Field, on témoigne aussi. Il peut assurer que je ne sautai pas de la voiture pour faire le coup, comme on le dit, ou pour prêter la main à l'inconnu qui jeta la bombe. Ce n'est pas un socialiste. Son témoignage n'est pas suspect. Pourquoi ne l'avez-vous pas appelé au !Jane dos témoins? Parce que les honorables membres de la Cour, Grinnel et Bonfi,eld, l'en ont soigneusement éloigné. Ces honorables messiom0 s savaient parfaitement à quoi s'en terril' sur Legner. Ils savaient que son témoignage prouverait, sans aucun doute possible, le parjure de Thompson et Gibner. Le nom de Legner était sm' la li~te dos témoins. Il a été écarté. On deYine pourquoi. Il y a mieux, il a déclaré à nombec d'amis qu'on lui ofirit 500 cloll:u'spom· quiUer la ville, qu'on le menaça de choses terribles s'il persistait à 1·ester et à 1iaraît.re comme témoin à décharge. Il répliqua qu'il ne consent.irait jamais à se laisser acheter, à recevoir le prix. d'une pareille complicité. Quand nous cherchâmes Legner, il avait disparu. On ne put mettre la main sur lui. M. Grinnel dit, et M. Grinnel est un homme honorable, qu'il ayait fait chercher soigneusement ce jeune homme et qu'il n'avait pu le trouver. Trois semaines après enYiron, j'appris que le même jeune homme avait été pris au collet et conduit à Buffalo par deux des illustres gardions de la loi et de rordro, deux. policiers de dhicago. QueM. Grinnel, que l'Association <lescitoyens,

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