La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

102 LA REVUE SOCIALISTE seulement pris en considération. Cela fait donc, pour un an, 080 pétitions eu pure perte 1 Autre chose : c'est le zemsb·o qui fixe et repartit les impôts; mais ce sont des fonctionnaires dépendant uniquement du gouYerneur de la province qni sont chargés ,le les peece-rnil'; tous les déso1·dres, toutes les négligences, toutes les rnalYe!'sations que peuYent commettre ces fonctionnaires retombent sur le zemst\·o, qui ne peut se plaindre qu'au gouYernem' de la proYince; le gouverneur se plaint au ministre, mais du zemstYo et non de ses propres employés : tel est le moyen qu'emploient les ré_act.ionnai1·espour rendre suspecte aux yeux du tsar cet.te institution, trop libérale à leur gré. Le projet de réforme des zemstYos soumis à l'empereur par le minisfre Tolstoï repose sm' des traquenards et de: calomnies de ce genre. Il y a quelque temps, on a été particulièrement indigné en Russie par le fait suiYant: le gouye1•nem· de la proYince en youlait au zemstvo de l'arl'ondissement de TcherepoYet.z, parce que le bureau de celui-ci s'était a plusieurs reprises plaint Lles fonctionnaü·es de l'i~tat, qui, en négligeant de perceyoir les impôts, mettaient l'administration locale dans le plus grand embarras. Un des grands-ducs annonce un jour qu'il ya Yisiter la proYince; le gouYerneur écrit au zemstyo en question de mett1·e los 1·outesen bon état; le zemstYO répond que cela lui est impossible, attendu que, grâce à la négligence des receyeurs de l'Etat, sa caisse est complètement Yide; le gom·erneur, furieux, expé,lie une plainte au ministre; celui-ci, enchanté, obtient cle l'empereur l'ordre <lesui)primee le zemstrn de Tcherepovetz et d'exiler pour cinq ans dans la proYince d'Archangel tous les membres de son bureau! Cela s'est passé en l'an de gràce 1888! Telle est la principale cause du relâchement, de l'indifférence, de la paralysie des zernst\·os. C'est eux que les conservateurs impériaux rendent responsables de cet état de choses; mais les juges moins inté1·es!--éesn Yoient ailleurR le motif : par l'immixtion Yexatoire, humiliante, injmieuse de ses fonctionnaires, assurés de l'impunité quoi <1uîlsfassent, le gouYernement, comme le ,lit très bien l\f. LeroyBeaulieu, est le premier responsable de l'indiffél'ence de la société pou1· les droits qu'il lui a octroyés, ainsi que de l'incurie et de la négligence qui, sous difiérentes formes, se manifestènt plus ou moins clans toutes les classes de la nation. c·est là aussi, indubitablement, la principale cause de la subite désillusion d'une bonne partie de la jeunesse éclairée du pays, du cloute, du pessimisme, du désespoir auquel elle s'est laissée aller. et ces sentiments, longtemps contenus, ne pouvanl ni se manifester au dehors, ni s'apaiser ou s'user par l'actiYité, pae la publicité, par la discussion, se sont condensés a tel point qu'ils ont donné lieu aux malencontreuses et fatales explosions

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