LE PEUPLE RUSSE ET SON GOUVERNEMENT 191 « Les zemstvos ont posé les bases de l'impôt foncier, que l'état devra substituer un jour à l'impôt de capitation sur les paysans (qui sont seuls à le payer), et lorsque, dans les cercles du gouvernement, on a agité la question de la réforme de l'impôt dii·ect, les états p1·0vinciaux se sont prononcés à l'unanimité pour l'assujettissement de toutes les classes de la société à l'impôt ... Dans ces assemblées, où l'élcment populaire est en minorité (sauf quelques exceptions), l'esprit d'équité du siècle et l'esprit dèmoc1·atique de la nation se sont hautement manifestés. » Cela suffit pour montrer quel souffle généreux inspirait alors tous les travaux, toutes les préoccupations de ces assemblées. Qui peut après cela soutenir que la Russie n'est pas mûre pour le gouvernement représentatif? Ne semble-t-il pas, au contraire, que peu de pays y sont aussi bien préparés qu'elle. et peu de parlements aussi portés que les zemstvos à laisser de côté tout ce qui ne se rapporte pas directement et ex.clusï-,;ementau bien-être général, à la bonue marche de l'administration, au développement de toutes les fol'ces du pays? Or, d'où vient qu'après un début aussi brillant le:; états pc·oYinciaux ont peu à peu perdu leur initiatiYe, leur élan, leur ·rîgueu1·, au point d'être dénoncés par les rétrogrades russes comme une innoyation manquée? Tout le mal Yient de ce que le gouvernement impérial, cédant aux im,inuations de quelques réactionnaires, n'a pas laissé aux zemstvos leurs coudées franches, ne fût-ce, bien entendu, que daus les limites des attributions qu'il leur accordait; craintif, hésitant, soupçonneux, il a placé partout un fonctionnai1·e de l'Ètat, pendant bureaucratique du fonctionnaire élu, afin de sut·· veiller, de contrôler et, chose incroyable, souvent même de mettl'e à exécution les décisions des zemstYos, de sorte qu'elles risquent d'échouer dès qu'il y a mauYais vouloir ou négligence de la part de ces intrus officiels. Il en est ainsi du haut en bas; deux exemples suffiront pour le prouver : les zemstYosn'ont pas obtenu le droit de pétition, le plus élémentaire, le plus innocent de tous et le seul, pardessus le marché, qui eût pu faire connaître en haut lieu les désirs et les aspirations du pays, sans qu'ils fussent altérés ou même tout simplement supprimés en route. Ils peuvent assurément faire des pétitions, mais ils ne peuvent les présenter qu'au gouverneur de la province; or, bien qu'il y ait parmi ces gouverneurs des hommes distingués, honnêtes et dévoués au bien public, l'obligation qu'ont les zemstvos de leur transmettre ainsi tous leurs desiderata a pour résultat que la plupart de leurs pétitions ne servent a rien : ainsi en 1881, sur wn millie1· de vœux émis par les 35 zemstvos de l'empire, à peine une centaine furent admis à l'examen, et une vingtaine
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