La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

188 LA REVUE SOCIALISTE forment le com,eil administratif de la circonscription (üolost); ce conseil désigne à son tom· un certain nombre de délégués, qui se réunissent en assemblée élcctol'ale, pour nommer les députés des circonscriptions à l 'assembléed 'ai·t·ondissement ( zemstvo d'arroncl issement). Cette dernièee, n'est plus composée exclusiYemeut de paysans; ceux-ci ont le droit cle s'y faire représenter par des marchands, des prêtres, des nobles, qu'ils choisi::;sentnaturellement parmi ceux de la localité qu'ils habitent; en outt·e, les habitants des villes et les propriétai1·es fonciers nobles élisent, indépendamment les uns des autres et des paysans, leues propres députés à ces assemblées d'arrondissements, de sorte que toutes les classes y sont 1·epréseutées. Enfin, par un nouYeau triage, rendu indispensable par l'immense étendue des provinces ou départements, ces zemstvos d'arrondissements choisissent dans leur sein les délégués qui les représenteront aux assemblées de provinces, véritables états proviriciaux (zemstvos de proYince), ayant généralement de GOà 100membres. Voilà donc déjà tout un organisme très complet de représentation, ayant sa base dans l'organisation économico-sociale ::-pontanée du peuple, et issu d'une espèce de suffrage universel, mitigé d'une part, par la sélection ti·iple des délégués paysans, et double des délégués de toutes les autres classes, et, d'autre part, par la 1·eprésentation séparée de toutes les classes, qui assure, en dernière analyse, un résultat analogue à celui que, depuis quelque temps, on che1·cheà obtenir ailleurs pae la représentation proportionnelle. En Russie, il n'existe, au fond, point de partis politiques proprement dits, et partant aucun des inconvénients du parlementarisme occidental; il y a des classes, qui ne sont pas des castes fermées, mais qui ont chacune leurs intérêts pat·ticuliers. Ce qui impoete en Russie, c'est que la cléputation rep1·ésente les intérêts de toutes les classes et non ceux d'une ou de quelques-unes d'entrn elles seulement; or, le système électoral que je viens d'indiquer permet aux paysans de siéger dans les parlements ou assemblées d'arrondissements et même de provinces. C'est là, on le voit, une institution des plus franchement démocratiques. Mais à ces assemblées s'arrête, malheureusement, la représentation populaire en Russie. Voyons comment on est arrivé là, et pourquoi on s'y est arrêté. Tout le monde connaît l'effrayante oppression dans laquelle l'empereur Nicolas tenait la Russie; toute initiative, toute velléité d'indépendance, dans quelque domaine que ce fût, étaient punies comme un crime; le peuple gémissait dans le servage; l'art de gouverner se réduisait pour l'empereur à courber le pays tout entier sous le double joug, exclusif et impitoyable, du fonctionnarisme et du militarisme. Mais la désastreuse guerre de Crimée ébranla et fit presque

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