La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

182 LA REVUE SOCIALISTE possédaient alors un capital de 1.300.000 fr. environ, et firent, cette année-là, un bénéfice net de près de 4 millions de francs. Des sociétés semblables se groupèrent clans les principaux ports de mer (Arkangel, Odessa), dans les grands centres (Moscou, VarsoYie), dans les Yilles-frontières occidentales. Aux principales gares de l'intérieur, on trouve des artels de porteurs; sur les principaux tleuyes, des aPtels de pilotes. Ce sont de véritables corporations, tenant du gouvernement le monopole des entreprises qu'elles exploitent. Il y eut un moment, après l'émancipation des sel'fs, où quelques hommes de la classe instruite, quelques municipalités et quelques assemblées provinciales, désirant venir en aide aux paysans mal partagés, se donnèrent beaucoup de peine pour étendre le système coopératif à différentes industries auxquelles le peuple ne l'appliquait pas spontanément. Ainsi, un jeune officier de marine, frère du peintre bien connu Vareschaguine, Yisitant un jour la Suisse, fut fort intéressé par l'organisation des associations fromagères nommées fruitières. Elles sont nées de la nécessité d'ex.ploiter en commun le lait des troupeaux qui, pendant une partie de l'année, paissent sur les pâturages appartenant aux communes et situés fort loin des habitations; dans ces conditions, chaque propriétaire isolé ne pouvant utiliser le lait de ses vaches, la coopération s'impose. M. Véreschaguine étudia le mécanisme de ces fruitières, y travailla même comme simple ouvrier, et, revenu chez lui, à Twer, voulut appliquer ce qu'il aYait vu à l'étranger. Les conditions paraissaient favorables, car la province, depui~ longtemps déjà, produisait un fromage assez semblable au gruyère et ayant un grand débit dans les principales villes. Les longs carêmes de la religion grecque, pendant lesquels l'usage du lait est prohibé, semblaient favoriser les projets de Vércschaguine. Il s'adressa donc, en 1865, à la Société économique russe, qui ounit un ceédit de800fr. pour chaque fruitière que l'on fonderait. Mais les i<lées de Véreschaguine ne trouvèrent d'abord aucun écho parmi les paysans, et il fut obligé d'établir lui-ruêmeune fromagerie pour leur montrer les avantages de son système. Au bout d'un an, le département de Twer en comptait déjà quatre, travaillant pendant cinq mois de l'année avec le lait de 200 vaches. Dès 1866, un crédit ouvert par l'assemblée provinciale permit d'établir à Pètersbourg un dépôt de fromages provenant de ces associations. Véreschaguine communiqua à l'assemblée provinciale de Twer les résultats favorables qu'il avait obtenus. Une commission fut nommée pour étudier la question, et, sur son rapport, un crédit de 30 000 fr. fut voté pour venir en aide à la nouvelle entreprise. L'exemple de Twer fut imité par les assemblées provinciales de

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