La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LE PEUPLE RUSSE KT SON GOUVERNEMENT 181 De tout temps, en R·ussie, les populations, tant slaves que finnoises, se sont groupées en a:sociations coopéeati\·es en n ie do tontes sortes d'entreprises : pour chasser les bêtes fauyes, é tablie des pêcheries, exploiter des mines, abattre des forêts, défrich er et cultiYel' la terre. Comme de nos jom·s, ces associations ont tou jours présenté tleux types distincts: les unes complètement inùépenda ntes, dont les membl''3sapportent une part égale de capital, c'est,à -dire d'outils et de trayail, et <lontles bénéfices se partaµ-ent aussi é gale- ment; les autres, à demi indépendantes, formant une sor te de transition entre les précédentes et celles qui sont à la merc i des exploiteurs; la barque, les ~ngins de pêche, les provi$ions de bou- che appartiennent à un des associés, qui est en µ-énéral le cbe( d'artel; il peélèYe la moitié des bénéfices l't en répartit l'autre moitié par parties égales entre les associés. Depuis fort longtemps aussi, il se forme des associations d'as rn- ciations, des ligues de plusieurs artels, nommées lwtlianes, et ayant pour but, pal' exemple, de se livret' en commun à la pêche du m01·se, de se porte1· secours en cas de nau(rage, de diminuer, par un système d'assurance et de secour mutuels, les risques d'entrep rises périlleuses : les bénéfices se diYisent généralement en parts é gales ent.re tous les membres de la kolliane. Dotelles associoLionsexi stent encore actuellement sur presque toutes les cotes des mers o t des lacs russes. Depuis le xv1•et le xvH• siècle, il exi. te des associa tions semblables de charpentiers, de maçons, do forgeron·. Autr efois, dans les départements du nord, il y en avait de défeicheu rs de forêts : un certain nombre d'hommes se g1·oupaient pour dé(r icher en commun, déraciner, brùlel'les trnncs d'arbres, labouret· et se mer; puis ils partageaient la récolte en parts égales, tiraient au sort pour savoir à qui appartiendrait le terrain défriché, et se sépa1· aient. Pas question de contrats ou de statuts écrits; pas d'administ.r ation complexe, pas de capital de réserve; apport égal des associés, travail égal ou estimé tel; un chef ou gérant électif, possédan t <les pouvoirs très étendus, même le droit de punir, et recevant une part égale à celle de ses co-a.ssociés; partage des bénéfices chaque année ou chaque semestre; souvent, l'entreprise une fois achevée, dis solu- tion de l'artel. C'était bien simple, mais aussi cela fonctionn ait. a merveille. Au xvme siècle, lors de la fondation de Pétersbourg, le commerce prit un:essor inconnu jusqu'alors. Il fallait un nombre considé rable de bras pour les travaux des ports et des douanes : des artels arri- vèrent de loin et s'établirent à Pétersbourg; on les vit de bon œil, car leurs principes de solidarité étaient une garantie sérieuse pour les intérêts de tout 1~ monde. En 1873, il existait à Pétersbourg 27 artels de ce genre, ayant plus de 100 membres chacune; elles

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