LE PEU~LE RUSSE ET SON GOUVERNEMENT 183 Novgorod, Kasan, Viatka, et cette tentative, pendant un moment, de 1870 à 1874, sembla promettre beaucoup. La mesure de lait (16 litres), qui, dans certaines localités, ne rapportait aux paysans - que 1 fr., se vendit de 1 fr. 40 à 1 fr. 60. Malheureusement, ce succès fut de trop courte durée ; tantôt la fabrication était défectueuse, tantôt rabsence de voies de communication, ou leur état défectueux, occasionnaient des frais de transport qui absorbaient les bénéfices ; enfin, des abus de toute sorte se glissèrent dans l'administration; bref, nombre de fromageries liquidèrent, quelquesunes devinrent la propriété de particuliers, souvent de gens qui les avaient ruinées exprès pour les reprendre a bas prix; de sorte qu'actuellement il ne reste qu'un petit, nombre de ces associations. En 1879, il n'y ayait plus, dans la pl'Ovince de 'l'wer, qu'une seule fromagerie coopérative; dans la province de Yaroslaw, l'insuccès fut moins complet : il en existe encore cinq, qui semblent prospérer. Le résultat fut à peu près le même pour plusieurs tentatives semblables, s" rapportant à d'autres industries. M. Louguinine voit la cause cleces échecs dan::;un ensemble de circonstances défavorables: l'assemblée provinciale, dite Zemstvo, ou le ministère des finances, convaincu de l'utilité de telle ou telle entreprise, la mettaient en train, sans s'inquiéter de savoir si les ouvriers qui allaient former la nouYolle société possédaient les qualités requises au point de vue intellectuel et professionnel ; les volontaires affluaient de tous côtés, attirés par de brillantes promesseR;mais, pour la plupart, ce n'était pas des gens du métier ; <leplus, les fondateurs eux-mêmes n'étaient en général ni des commerçants, ni des techniciens expérimentés. Malcomposées,mal guidées, ces aRsociationsnepouvaient qu'échouer. Mais il y a à tous ces échecs une autre raison, qui est, selon moi, la principale : c'est l'ignorance des paysans. De pauvres diables, dont la très grande majorité ne sait ni lire, ni écrire, sont évidemment à la merci, soit du scribe communal qu'ils sont obligés de stipendier, soit de quelques spéculateurs plus intelligents, plus rusés, beaux parleurs, qui les trompent et s'engraissent à leurs dépens. Ils le savent très bien eux-mêmes, et nous verrons les sacrifices qu'ils font pour remédier à ce triste état de choses. Ici, on ·peut faire au gouvernement le même reproche qu'à propos du service sanitaire. Une foule de jeunes gens, et surtout de jeunes filles, de familles aisées, se sont consacrés corps et âmes, avec un dévouement admirable, à l'instruction du peuple, cette œuvre de patience autant que de bienfaisance; renonçant au confort des villes, aux distractions et aux plaisirs du monde, ils ·se sont enfouis dans les villages, créant des écoles pour les enfànts, des classes pour les adultes. Malheureusement, dans leur nombre, il s'est trouvé quelques individus qui ont méconnu leur véritable mission et qui en ont
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