La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

]80 LA REVUE SOCIALISTE sion à la foi::;nationale et communale du sol et à son exploitation collectiYc et en pa1-tieà l'inébranlable fidélité avec laquelle le peuple russe con. erYe son caractère social le plus saillant : l'esprit. <l'association, de coopération et de solidarité. Le peuple russe ne r·enonce1·apas à la possession collective du sol, et c·est ce qui le sauwra du prolétariat à l'occidentale ! Ainsi, le gra]l(l fait économique et social auquel le peuple russe ,loit, jusqu'à p1·ésent, son salut, et qui est pour lui, sans nul doute, lameillem·e gai·antie rl\marenir meilleur, - à moins que l'on ne 1·éussisse,eu dépit d'ayantages <h-idents, à le supprimer pa1· des mesures erronées, et a tr:-tnsformcr ainsi le moujik en un véritable pl'olétairc, - c'est la nationalisation de la moitié rlu sol, et la communalisation des deux tiers de l'autre moitié. Il faut ajouter que, si aujourd'hui le veuple russe est g-reYé d'impôts énorme·, c'est en g1·anclepartie a cause du rachat de la teere, éYaluée, malheureusement, lors de l'émancipation des serfs, à un prix. très éleYé; de sorte que, d'ici à quelques années, le rachat une fois soldé, les pa,rsans se trouyeront du jour au lendemain allégés de cette e:-pèce de dette hypothécaire, et que leur situation économique sera désormais meilleure que celle des peuples d'Occident. AYant de passer à l'ex.amen de la situation générale en Russie, je tiens à montrer à quel point extl'aorclinaire l'esprit cl 'association, de coopération, de mutualité et de solidarité e::;t <léYeloppéchez le peuple russe, et forme réellement le trait psychologique et social le plus saillant de son caractère. L'étranger qui arrive à l'une des gares frontières de la Russie apprernl avec étonnement que les porteurs qui déchargent ses malles et qui les ouuent à la douane sont groupés en association ; que l'intlividu qui lui yend son journal dans les rues de Pétersbourg, le baigneur qui lui fait subir les tortures d'un bain 1·usse, sont également membres de sociétés coopératives; qu'un des principaux. restaurants de Moscou est la propriêté collectiYe des garçons qui y serYent, et ainsi rle suite (1). Co sont là autant d'artels, mais d·artels libres et spontanées; et l'on peut admettre, en thèse générale, ainsi que nous le verrons plus loin, qu'elles prospè1·ent toutes les fois qu'elles ne sont pas exploitées par des capitalistes ou par des filous sortis de leurs propres rangs, ou que, deYant leur formation à des conseils plus bienveillants qu'éclairés, elles ne s'adressent pas à une industrie exigeant une culture technique ou des aptitudes commerciales au-dessus rle leur po1·Lée. (1) Les artels et la coopération e,i Russie, par V. Louguinine. Publication du Cercle Saint-Simon, Paris, 1886.

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