La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LE PEUPLE RUSSE ET SON GOUVERNEMÉNT 179 ainsi que le retour à Ces institutions après des siècles d'abandon, n'est pas sans exemple dans l'histoire : la forme primitive du tribunal, le jury, n'a jamais cessé d'exister en Angleterre, et tous les peuples sont plus ou moins revenus à la forme primordiale de pouvoir législatif, au suffrage universel, au plébiscite, au referendum. Pourquoi donc le peuple russe renoncerait-il à ce que les peuples prétendus civilisés commencent, après tant de siècles d'aberration, a envisager comme la bonne nouvelle, qui laisse entrevoir un meilleur avenir? La nationalisation du sol, entrevue seulement en Occident par quelques esprits éminents comme nne solution possible de la question sociale, est en Russie un fait presque accompli. Le vingt pour cent seulement de la terre est possédé individuellement par des nobles, ancien~ seigneurs, par des marchands ou des pays:rns enrichis; trente pour cent appartiennent aux paysans et constituent des propriétés communales, inaliénables. Ce dernier chiffre serait aujourd'hui plus éleyé encore si le gouyernement n'avait pas donné la préférence à des acheteurs individuels, même étrangers, - surtout allemands, - dans un grand nombre de ventes de terrains, pour l'acqui:ütion desquels des communes entières de paysans s'étaient pourtant présentées, collectivement et solidairement. On ne comprend pas les motifs de cette singulière préférence, •si contraire au génie national et aux intérêts du peuple. Quant aux. cinquante pour cent qui restent, ils constituent le domaine de l'Etat. Avant l'émancipation des serfs, cette proportion était encore plus forte, et repré- ' sentait environ les deux tiers du territoire; mais, en émancipant les paysans de la Couronne, on leur a naturellement assigné des lots, comme à tous les autres, de sorte que l'État ne possède plus guère que la moitié de la terre. On voit qu'il y aurait fort peu de chose à faire pour parachever en Russie la nationalisation et la communalisation du sol. Le monopole des hypothèques par le gouvernement suffirait peut-être, et ce gros problème, plein de dangers ailleurs, se résoudrait de lui-même, ou plutôt ne se poserait même pas en Russie. Chose curieuse, M. Leroy-Beaulieu, qui a si consciencieusement étudié l'empire des tsars, dit quelque part dans son ouvrage classique, que c'est à cause de la possession collective de la terre que les paysans russes ont tant à souffrir de l'usure. Je ne comprends pas cette assertion; il me paraît au contra.ire que c'est·ce qui rend impossible à l'usure de les ruiner complètement. ~e petits champs possédés individuellement eussent sans doute depuis long- . temps passé dans les serres des spéculateurs; la spoliation du peuple eût été consommée, et la Russie hébergerait à l'heure qu'il est plus de cinquante millions de prol~taires à !'instar de ?e~x de l'Oc- • cident ! Mais ceci n'est point à cramdre, grace en partie a la posses-

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