178 LA REVUE SOCIALISTE LE PEUPLE RUSSE ET SONGOUVERNEMENT (Suite et fin). Les ouvriers de fabriques dont nous venons de constater la triste situation, ne représentent en somme qu'une infime minorité; malgré le développement qu'a pris l'industrie dans ces dernières années, leur nombl'e ne dépasse guère un million. Or, ces malheureux ne cessent jamais d'être en même temps agriculteurs et, comme tels, membres d'une commune rurale, ce qui veut dire, en Russie, co•propriétaires du terrain possédé pas cette commune. Tous ont ainsi un lopin de terre a cultiver, et une isba où ils retrouvent toujours un gîte et un foyer. Voità le g1·and fait économico-social qui joint à l'esprit d'association, de coopération, ùe mutualité et de solidarité, grâce auquel le principe de l'un pour tous et tous pour un est réellement mis en pratique par le paysan et l'ouvrier russe, voilà, dis-je, le grand fait qui différencie profondément la situation du peuple russe de celle de tous les autres peuples de l'Europe. Les doctrinaires de l'économie politique et du droit officiel, tel qu'il nous a été légué par le monde romain nt féodal, ne voient pas cela, aveuglés par leurs formules, ils disent que c'est un état primitif ; par lequel tous les peuples ont passé dans leur enfance, pour l'abandonner ensuite, avec les progrès do la civilisation; et ils pensent que le peuple russe devra, lui aussi, l'abandonner pour se civiliser à son tour. Ils oublient une chose, c'est que les peuples, loin de l'abandonner spontanément, ont été contraints par la violence à y renoncer, qu'ils se sont civilisés malgré cotte spoliation et non à cause d'elle, et qu'aujourd'hui ils commencent à le comprendre et à réclamer la suppression d'un état de choses qui n'a pu être maintenu que gràce à l'ignorance imposée aux masses et par la force des armes. D1ailleurs, le maintien ininterrompu d'institutions primitives, (1) Voir la Revue socialiste du 1S janvier.
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