LE PEUPLE RUSSE ET SON GOUVERNEMENT 13 Les femmes et les enfants, dans les industries où on les emploie, sont traités exactement comme les hommes : aucun égard, aucun ménagement; or, les femmes et les enfants fo rment, dans le département de Mosco·u,de 28 à 43 0/0 du personnel des fabriques. Voilà pour la durée du travail; voyons mainte nant le travail luimême. D'après M. Birukowitch (1886), les usines à sucre des départements du sud-ouest sont ho1Tiblement mal inst allées; on ne fait rien pour les améliorer et le traYail y est des plus pénibles. Les ouniers qui lavent la betterave sont tout le temps da ns l'eau et tremblent de froid. Ceux qui sont occupés dans le:-atelie rs de sirop et de raffinage restent exposés tout nus à une haute te mpérature, car leurs vêtements seraient imprégnés de sucre et cr istallisés en quelques heures. D'après le D•Nowitsky, il serait cepe ndant facile de diminuer cette chaleur, et les oun-im·s, qui en se ntent le besoin, cherchent sou\'ent à se soulager en cassant les vitres. Ils s'exposent ainsi aux. refroidissements, dont les chances s ont augmentées par le fait que, dans la plupart des usines, il n'exis te pas de cabinets et que les ouvriers sont obligés de sortir dans l a cour pour satisfaire leurs besoins. Aucune précaution n'est prise pour atténuer le s inconvénients de la fabrication. La chaux est transportée dans des brouettes, et les particules qui s'en détachent pénètrent librement dans les poumons. Les os concassés, déjà macérés dans les barr iques qui répandent une odeur infecte, sont remués à feu nu sur d es fourneaux et dégagent une poussière fine qui couHe les ouvriers de la tête aux pieds. Quant à remploi d'appareils simples et facile ment applicables, on n'y a jamais songé. On ne se sert ni de wagon nets pour les transports, ni d'agitateurs mécaniques. Dans les fabriques de produits chimiques, les conditions sont tellement insupportables que même les ouvriers russes, qui sont loin d'être exigeants et que la misère oblige à acc epter n'importe quel travail, évitent d'y entrer. L'administration es t obligée de recruter son contingent dans les tripots de bas étage, p armi les réfractaires de la société. En général, les locaux qui servent d'ateliers s ont caractérisés par une malpropreté révoltante et par le peu de soin que l'on met à les installer et les entretenir; c'est un des points sur lesquels insistent le plus les différents rapports. M. l'ingénie1:1r Rumine, chargé d'inspecter les usines et les fabriques de deux qua rtiers de Moscou, a visité trente-six usines et déclare que toutes n e répondent. que trop à ce reproche. Les autres inspecteurs de cette ville arrivent à la même conclusion: ainsi, dans.les ateliers de M. Bakhrouchi ne, ils ont t~ouvé que
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