La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

12 LA REVUE SOCIALISTE car, si le gouYornement tient à savoir a chaque instant où se tl'Ouve chaque ressortissant de chaque commune, quoi de plus simple que a·exiger <lescommunes elles-mêmes qu'elles aient toujours à sa disposition des registres ad hoc (l)? Après arnir subi cette saignée inéYitable. les ouniers partent, presque toujom's à pied, un petit paquet sm· l'épaule, couchant à la belle étoile, mangeant du pain de seigle ou ce que leur procure lC' hasal'ù. A peine arrivés, leur corvée va commencer. Voici, ,l'ap1·ès le Recueil offi,cz'elde r·enseignements statistiques, quelques indications sul' la durée de leur travail quotidien: dans le rlèpal'tement de Moscou, minimum 11 heures; construction de machines, 12 heures; allumettes, produits chimiques, tanneries, tuileries, etc., de 13 a 14 heures; feutres, tissus, passementerie, teinturerie, etc., 15 heures; charcuteries, tuileries et tanneries, 16 heures; fabriques de nattes, paillassons, etc., jusqu'à. 18 heures! Dans le département de Smolensk, ùans la Yille ùe Roslaw, par exemple, les ouniers en paillassons tl'aYaillent Hl hem·es 1/2 : de 1 heure a 6 heures du matin, de 7 heures à midi et de 1 heure 1/2 à 11 heures rlu soir; restent. 2 heul'es pom le sommeil! (Néddia, 18î8, n° 13.) • Dans les mines <1'01c· le la Sibérie, les ouHiers se couchent à minuit et sont debout à 3 heures du matin. Les autorités mettent a la disposition de l'administration un peloton de cosaques, munis de fouets, qui se chargent Lleréveiller les paresseux et de punii· les insoumis. (Haïdaloff, l8î5.) L'oun·ier russe préfère, quand c'est possible, le t1·avail à la pièce au travail à la journée; quelques fabriques admettent ce système, sul'tout les tuileries, tisseries, fabriques de paillassons; aiguillonnés par la misère, les omriers se condamnent alol's d'eux-mêmes à un travail excessif. C'est au moment de la perception des impôts qu'ils s'exténuent le plus, non seulement en commettant ùes excès de h'aYail qui les épuisent à la lJngue, mais aussi en réduisant au minimum leur ration alimentaire. (Pogogew, 1882.) (1) Cela constituerait même µour le gouvernement une garantie qu'il ne réussit pas à obtenir avec son système. Pour éviter les vei:ations que je viens d'indiquer, des milliers d'individus négligent de renouveler leurs pnsseports ou de les faire viser, et, n'osant plus rentrer dans leur!! communes à cause des amendes qu'ils auraient à payer, ne le pouvant plus <l'ailleurs à cause des impôts arriérés, ils forment toute une population errante, de provenance inconnue. Ils sont surtout nombreux dans les provinces éloignées, oll ils se rassemblent pour travailler dans les ports, aux chantiers, aux pécheries, etc. Les entrepreneurs profitent de la situation illégale de ces individus J.JOurleur imposer des conditions que nul autre ouvrier n'accepterait. Aux bords de la mer Caspienne, par exemple, il y a des escouades entières, des centaines d'hommes dont personne ne saurait établir l'identité; c'est une classe à part àe prolétaires, créée uniquement par l'obligation d'avoir un passeport visé.

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