La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

lôO LA REVUE SOCIALISTE ]~loquent, sympathique, actif, suprêmement organisateur, penetrnnt connaisseur et habile manieur d'hommes, Bakounine réussit à meUee en échec l'hégémonie récente de Marx, à imposer son pessimisme négateur et son « diable au corps révolutionnaire > à une nombreuse armée de militants, prise surtout dans la jeunesse des pays latins. Il enseigna que l'action socialiste ne pouYait être que révolutionnaire; qu'il fallait agir, non ratiocinel', démolir, nnn tenter de rét'orme1\ car cc qui s'impose tout d'abord, disait-il, c'est la pa-ndestruction. « Il faudra détruire toutes les institutions actuelles; État, Église, Forum juridique, Banque, Université, Administration, Armée et Police, qui ne sont que les forteresses du priYilège contre le prolétariat. « Un moyen particulièrement efficace est de brûler tous les papiers, pom supprimer la famille et la société-propriété jusque dans l'élément juri<lique de leur existence. << L'œuvre est colossale, elle sera pourtant accomplie, la misère c1·oissante grossit toujours l'armée clcs mécontents qu'il s'agit de transformer eu réYolutionnaire instinctifs, chose d'autant plus facile que la Révolution ello-même, disait ct·ronément le puissant agitateur 1·usse,n'est que le développement des instincts populaires. ,> Yoila le programme que nous ne prélcJl(lons pas du tout justifier. Les anarchistes contemporains le suivent à la lett.re, en mettant au-dessus cletout la propagande par le fait, en se refusant à toute actiYité légale (comme par exemple l'exercice du droit électoral), et en poussant, en toute occasion,à l'action réYolutionnaire,soit invicliduelle soit collectï-rc. Le but, c'est le communisme libertaire, l'idéal rhé par beaucoup de grands et bons :esprits d'uu état harmonique où les mœurs remplaceront les lois dans le communisme complet (la propriété et la famille etant abolies) et clans la solidarité universelle. Cet idéal des Kropotkine, des misée Reclus, des Louise Michel, <lesJohann Most, des Spies n'a rien de déraisonnable. (+uilllaume <leHumholdt insisle sur la néc<'ssilé absolue » du dévelovpemcnt humain dans sa plus riche diYe1·:üté ». Il n'est pas jusqu'au sociologue réactionnaire Ile1·bert Spencer qui n'exprime lui-même l'espoir qu'un jour florira une humanité moralement parfaite,jouissant lle l'harmonie mentale et ayant une 01·ganisationsociale adoquate, c'est-à-dire infiniment supérieure à la nôtre. Dans cet état idéal chacun accomplira ses deYoirs sociaux avec une joie intime et comme instinctiYement. Un bonheur génèral ineffable en résultera (1). Ce sont là des autorités recommandables. (1) Herbert Spencer: La Morale évolutionniste.

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