La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LE PEUPLE RUSSE ET SON GOUVEUNEJ\IEN'f 11 vêtements, outils, vaches, chevaux, et just1u'aux poutres de leur isba. Tout était ensuite vendu aux enchères; l'employé chargé de la vente ne manquait pas, naturellement, de se mettre cl'accot·d aYec u11usurier spéculateur, af1nde faire baissee le~prix bien au-dessous de la Yaleur réelle des objets, et paetageait le bén6fice avec son compère. Le gouvernem1.:nt s'est enÎln aperc_:uqu0 ruiner ainsi le paysan, c'est se ruiner lui-même, et. il a mis fin a ces abus en établissant un minimum insai issable, dans lequel sont compris la Yache, le cheyal, la charrue et quelques objets de première nécessité ... Que peuvent-ils fait·e, néanmoins, les pannes diables, ·iuon d'accepter les conditions qui leur !';Ont.ofredes? Ils signent le contrat, ou font des croix s'ils ne arnnt pas éct·ire, à la suite de la signature du chef d'artel ou de l'ancien cluvillag-e (starosta, s,rnclic, élu par l'assemblée de· Yillageois); ils reçoiYent des anhes, - souYent la moitié du salaire com·enu; mais c'est la commune qui encaisse, car il faut payer a l'État les impôts, dus en bloc et solidairement par les communes; pour le cas où l'un 011 l'autl'e des enrôlés fel'ait faux. bond, des amendes sont stipulées s'éleYant au double et au triple de ces arrhes; i l'individu ne peut payer, c'est tantôt sa famille, tantôt la commune qui paie pour lui, mais c·cst généralement l'artel qui répond collcctiYement pou,· chacun de ses membres. La date précise à laquelle les omTicrs doiYent se présenter a l'usine est expressément indiquée; ils ont souvent huit jours, quinze jours de voyage à faire, et chaque jour clcretard est puni de fort.es amendes. Calculant le temps qu'il leur faut pour anivei· à destination, ils se préparent a partir; c'est ù cc moment qu'ils sont Yictimes d'un des abus les plus intl igncs de la pa1·t <les fonctionnai t'es impériaux : on ne les laisse pas padit· sans uu passeport dûment visé; mesure inutile, absu1·de. mais YCx.atoireau plus haut degl'é; ils demandent donc leur passeport à l'employé du gouvernement; celui-ci les fait revenir deux fois, tl'ois fois sans donnei· le passeport; le jour du dépal't approche; les pay~ans, inquiets, c1•aignant un retard qui, ils le saycnt, leur coûtera. cher, p1·icnt.,insistent; enfin l'employé juge le moment. psychologique verni, et. leur dit : « Eh bien, c'e t bon; donnez-moi tant, et Yousaurez YOS passeports; sinon, vous ne les aurez pas l » Les malheureux sont forcés de s'exécuter, car ils sont cornplèlement à la mePci du fonctionnaire : point de publicité, point d'action judiciaire possible contre les fcrnctionnaires; la seule chose permise, c'est de se plaindre au chef immédiat de l'employé subalterne; mais ce chef !ait la sourde oreille et envoie les pauvres hères se prnmener, q1.,audil ne les fait pas mettre sous verrous pom· insubo1·tlination! • On se demande à quelle fin le gouvernement laisse subsister de pal'eils abus, qui ne peuvent qu'irrite1· toujours davantage le peuple;

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