LES RESCRITS DE L'EMPEREUR GUILLAUME II 135 Et quelle honte pour nous, d'être réduits à donner notre adhésion aux propositions impériales. Ah! si les républicains, qui occupent le pouvoir en France depuis dix ans, avaient compris quelles forces not.re pays pouvait gagner à prendre la tête du progrès social en Europe! Il y a cinq ans, M. de Bismarck rappelait que si le drapeau français avait flotté en 1793 sur le Rhin, c'est quïl portait dans ses plis des espérances politiques et sociales au triomphe irrésistible. Et il redoutait, disaitil, que la puissance des idées de 89 épuisée, la France ne reprît la tradition révolutionnaire et ne jetât dans la balance des batailles futures le poids du socialisme appelant de nouveaux peuples à la liberté. Notre gouvernement n'a pas compris l'importance des « forces impondérables » dont parlait M. de Bismarck. On doit se demander, en présence de l'initiative prise par l'empereur d'Allemagne, si la politique sociale que le jeune souverain a projeté d'icaugurer n'a pas précisément pour but de donner a l'hégémonie allemande la " force impondérable » qui lui a manqué jusqu'à ce jour, et à son action internationale une plateforme de nature à grouper autour de lui les sympathies ouvrières, de plus en plus réfractaires à la politique purement militaire de M.deBismarck. Cette éventualité, qui n'a rien que de très plausible, serait pour la France un danger. Si des différends diplomatiques surgissaient à la conférence de Berlin, par suite de divergences de vues sur le programme qui doit faire l'objet de la conférence, et si ces différends devaient aboutir à une conflagration européenne générale, la France serait vis-a-vis de l'Allemagne dans une infériorité morale déplorable. Un gouvernement fi•ançais, soucieux. de conserver à notre pays ses avantages moraux, eût répondu au rescrit de Guillaume II par des déclarations de nature à contrebalancer auprès des classes ouvrières européennes et de la classe ouvrière française elle-même, l'effet des proclamatio:rtsimpériales. Celalui était d'autant plus aisé, que le projet de conférence de Berne, auquel la France a adhéré, lui permettait tout à la fois d'affirmer à son tour une politique sociale libérale conforme aux desiderata des revendications socialistes, inséparables en France de la liberté - et de décliner les propositions de l'empereur d'Allemagne à cause des engagements pris envers la Suisse. Mais nos gouvernants ferment obstinément les yeux à ce qui, au dehors, tait l'objet d"s préoccupations les plus vives. lls ont érigé en dogme l'abstention du gouvernement en matière sociale. Comprendront-ils enfin qu'il est temps d'en finir avec la politique stérile suivie jusqu'à ce jour et que la solution· des problèmes sociaux est la nécessité politique la plus urgente de notre époque? Ils assumeraient une lourde responsabilÎ.tédevant l'histoire, ceux
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==