La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

134 LA R1tVUE SOCIALISTE Guillaume II; les journaux français n'ont vu en lui qu'un caporal maniaque, aYide d'exercices militaires ot désireux d'illustl'Or son règne par des conquête::;.Rien do plus inexact. Guillaume II a été éloYé dans le culte tle l'Empire et do l'autoo-eatic impé1-ialo. Il Re aroit le maître légitime de ses sujets. Mais cette éducation d'auto- ~ 1·ate a été fortifiée chez le jeune souverain par l'idée trës éleYée qu'on s'est. efforcé de lui inculquer des deYoirs de sa fonction. Commis par la P1'ovidence au gouyernement de l'Allemagne, il doit yeiller à sa grandeur, assurer sa prépondérance politique ot fafre régner la justice au sein do son peuple. M. Ilinzpettor, son précepteur, est une sorte de socialiste de la chaire, qui professe des théories féodales se rapprochant beaucoup do la nuance RodolpheMeyer. Guillaume II, n'en doutez pas, est son disciple. Il se cl'oit le cont.inuateur du Saint-Empire pour lequel il rêYe une reconstitution sociale adaptée aux nécessités de la production inllustrielle contemporaine. Ces rescrits, où le problème de la législation du travail est posé avec une connaissance approfondie du sujet, pourraient donc bien être le point de départ d'une action poliUco-sociale arrêtée dôja dans la tête de l'empereur. En proclamant que les gouvernement.s doivent assm'Ol' à lem•s gouvernés le bien-être matériel et. moral; en prenant l'initiative d'une conférence internationale à laquelle il a tracé un programme parfaitement défini, on peut dire que Guillaume II met les gouvel'- nements de l'Europe en demeure de délibérer sur la solution pacifique de la que. tion sociale. Que répondront les gouvernements européens à la chanc1tllorie de Berlin? Que répondra la France, surtout, a la proposition d'étudior en commun lei mesures propres à améliorer le sort des travailleurs? , Les journaux français ont déclaré que la F.1.-ancen'avait pas à aller prendre à Berlin le mot d'ordre des réformes ouYrières. Co serait vrai, si la France républicaine, vers laquello les peuples se retournaient autrefois, n'avait complètemei;i.tdéserté son poste d'av_ant-garde des nations. Mais, il faut bien conYenir que dans los circonstances actuelles, la France ne saurait répon,lre par une fin do non-recevoir pure et simple aux ouvertul'es de Berlin. Quel triomphe pour la réaction européenne, si la France se refusait à prendre part à une conférence dont le programme a pour but l'étude des moyens propres << à donner satisfaction aux exigences économiques des ouvriers et à leurs aspirations égalitaires! » Quel triomphe, :mrtout, pour l'Allemagne impériale, si l'empereur pouvait dire a son peuple: La Franco, votre ennemie héréditaire, cette république française, qui prétend se donner en exemple au monde, ne veut pas entendre pbrler d'améliorer le sort des travailleurs.

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