REVUE DES LIVRES 125 « Que de vices. s'écrie M. Guyau, ainsi développés, non pa.r une fatalité héréditaire, mais par une éducation maladroite ! » C'est en l'espèce, l'a'pplication de la théorie de!< idées-forces de M. Fouillée. Que la suggestion puisse être un procédé excellent de redressement, nul ne le conteste1·a. Mais ce ne peut être qu'un simple procédé et non un élément nouveau introduit daus les données du problème. Chassez le naturel, il revient au galop! Toute la question, en effet, e•t de savoir si ces idées suggérées, ou plutôt ces illusions - car, en définiti"e il s'agit d"en faire accroire - deviendront des forces durables, des virtualités nouvelles. Nous ne le croyons pas. L'éminent directeul' de la Revue Philosophique nous parait, en effet, avoir donné la mesure du pouvoir de l'éducation, en disant qu'elle peut modifier les iasliucts hé1·éditaires, non en créer d'autres, et en ajoutant : « Elle n'est jamais absolue et n'a d'action efficace que sur les natures moyennes. » Les natures moyennes étant de beaucoup les plus nombreuses, son champ esl encore très vaste, et son action modificatrice pou1·1·as'exerce,· sur elles, au plus grand profit de la civilisation et de l'é11olution prog1·essive de la race. S'il est prudent, sehn nous, de faire uue part aux /atalites héréditaires, el cl~ ne pas partage,· les vues très optimistes de M. Guyau, nous ne saurions trop louer la manière élevée, vraiment « socialiste », dont il envisage les fins de l'éducation. « La vraie éducation est dé~intéressée; elle élève l'enfant pom· lui-m~mc, elle l'élève aussi el surtout pou1·la patrie et l'humanité entière. » En sociulogiste, l'auteur envisage surtout l'avenir de l'espèce : « L'éducation e~t la rec:1erche des moyens d'élever le plus grand noml.Jre possible d'individus en pleine santé, doués de facultés phy,iques ou morales aussi développées que possible, capables par celëJ même de contribuer au progrès de l'humanité. » Que de réformes! que de tran5formations profondes contient en germe, une pareille définition l Et combien, pour réaliser un système d'éducation aus~i iOUhaitabl~, il serait urgent de modifier l'ordre économique! Si M. Guyau n'a pas porté ses investigations de ce cûté, lacune regrettable - il proclame la nécessité de l'éducation physique et nous donne les renseignements les plus utiles sur les cités scolaires en .Angleterre, sur les écoles en Allemagne, aux Etats-Unis. L·éducation intellectuelle e:it traitée avec une largeur de vues peu commune aujourd'hui, où l'on semble tomber dans l'ornière d'un utilitarisme bète et déprimant. M. Guyau voit les choses de µlus haut, il veut que l'on développe l'esprit, non dans un sens, mais dans tous les sens, qu'on l'amène d'une façon gPnéralc à la hauteur de la sc-iencecontemporaine. Par la suite soufflera le vent, dit-il, et toute direction sera bonne à l'esprit ainsi préparé. Toujours préoccupé de la vigueur de la race, il résume ainsi la question : « Faire entrer dans un cerveau la plus grande somme d'idées généreuses et fécondes avec la moindre dépense de Lrce possible, tel est le vrai but de l'éducation ilttellectuelle » Mais l'instruction ne sera pas purement intellectuelle, car loin de moraliser toujours, elle n'aboutit souvent, ajoute l'autour, qu'à faire des déclassés. Il serait plus exact, croyons-nous, dans ce cas, d'accuser l'organisation sociale que l'instruction elle-même. Quoi qu'il en soit, cl!e devra être morale et civique à tous les degrés. Mais pou1·que la jeunesse ne soit pas élevée dans un étroit particularisme, l'l~tat devra conserver la fonction éducatrice. Si les hommes doivent roce1·uir une culture générale, la femme doit égale-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==