• TlEVUE DES LIVRES C'est ici que le penseur sent le doute et l'angoisse !'envahi,·. Cette ôvolution politique de la Grèce _antique, retracée en quelques lignes et qui fut également celle de Rome, n'est pas que l'histoire d'hie1·, elle est aussi l'histoire d'aujourd1rni. Aujourd'hui aussi, la richesse est concentrée en ,ruelque" mains, et la plèbe souveraine ne tardera pas à invoquer les lois de justice 1·éparatrice, que la plèbe romaine fai$ait dôcrôter au f?orum. Mais à la poursuite de l'égalité, le peuple souverain d'Athènes et de Rome s'égara, jusqu'à ce qu'enfin, trompJ par ses er,nemi:s, ses flatteurs et ses amis sincères, mais ignorants, il détruisit de ses propres mains, r œu vre qui avait coûté tant de siècles d'efforts. Nous aussi, nous so111mesparvenus au plus haut degré de l'évolution politique. Saurons-nous le dépasser, et ne point regresser, comme Athènes et Rome, par iu:iuffisauce <les aptitu,les sociales populaires~ Voici, en résumé, d·après M. Letourneau, à quelle organisation politique la forme actuelle devrait aboutir, si ré\'olution ne subissait pas d'à-coup regrè)ssif : Dans la société future, il ne sera plus quef<tion de 1·asle~ Etats centralisés. Nos Etats actuels sei-ont fractionnP-s eu nombreuses cit{>s(au sens greeo-latin du mot : district ou canton, avec un centre de population habitant la ville et des grol_!pesde population dissémin:-s dans le district). Dans ces cités futures, les criantes inégalités de notre temps seront incounues; sans doute, la propriété individueile sera maintenue, mais elle sera seulement usufruitière et strictement proportionnée à la valeur sociale des individus. ~ Je souligne ce dernier membre <le phrase, parce que M.. Letourneau formule exactement, en d'autres termt>s, l'organisation de la prnpriétô en régime collectiviste. - A tous ses membres, le petit Etat, la Cité offrirn un minimum de protect10n; il ue se désintérossorn pas ,le leur soit, mais no leur accordera aucun privilège. Tout en respectant la liberté individuelle, la Ctté i111pu8eraa chacun l'acL1uisition d'une somme de savoir. Il sera donc facile de classer les citoyens d'après leur valeur intellectuelle. Restern la valeur morale, plus importante encore au point de vue politique : dès l'enfance on pèsei-a la valeur morale des indivtdus, en leur demandant des services sociaux qui exigeront, dans une certaine mesure, l'oubli de soi-même . . . . Le gouvernement sera réduit au minimum, il subsistera pou1·tant; car les sociétés ne sauraient se passer d'une certaine direction et il est, pour elles, d'un intérêt vital d'être guidées par les meilleurs et les plus intelligents de leu1·smembres. Le gouvemement de la cité sera dfrect et le suffrnge uuiversel, mais organisé. Dans une société bien faite, le plu~ humble des citoyens a droit à une part proportion née à sa valeur. Une éducation vraiment humaine aura, en moJelant une série ,le µ;énérations, oteint dans tous les cœul's les sauvages penchants que nous ont légué les cannibales, nos ancôlres. Les cités se fédéreront donc en grandes chaînes d'Etats ayant des intérêts communs. Pour délibérer sur ces intérêts généraux, il faudra bien un Parlement, un gouvernement représentatif. Mais les affaires soumises au grand conseil des cités seront peu nombreuses. Chaque Etat fera des expériences sociologiques et règle1·a sa législation intérieure. Le Fadement s'occupera <les grandes voies de communioation, de certaines entrep1·ises scientifiques ou économiques nécessitant une délibération commune, de l'aide à donner à telle cité oprouvée par <les fléaux accitlentels, etc. Telle est l'utopie scientifique qu'une étude impartiale et consciencieuse permet à M. Letourneau de cousidérer cornme la société de l'avenir, si, d'ici là, la civilisation actuelle « ne se suicide pas par de trop large~ hécatombes guerrières et inclusLrielles -..
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