HEVUE OE:3 LIVRES 121 corps politique 1·este1a même, aux divers âges de civilisation correspondants. Qu'on compare certains -incidents tumultueux de notre vie politique actuelle avec ceux qui troublaient les ~éances de !'Agora, on verra combien peu les passions de ce temps différent de celles <ln notre.L'éternel Cléon, flanqué d'Alcibiade et de ce vieux dévot imbécile, très bon mais très bête, de Nicias, ne jouent- ils pas aujourd'hui la même pièce politique sur la même scène, devant le même peuple prompt à s'enflammer, à applaudir les déclamateurs grossiers comme Cléon, les habiles à la langue do1·éecomme Alcibiade,et à voter l'expédition de Syracuse, d'où sortira.la ruine d'Athènes1 Ah! la Ligue des patriotes ne date pas d'hier! Heureuses les sociétés politiques, d'où les Cléon, les Alcibiade et même les Nicias ont pour jamais disparu. Malheureusement, elles ne font pas partie de notre espéce et l'humanité qui aurait tant à gagner à se modeler sur elles ne songe guère à leur demander des enseignements. Ces sociétés, en effet, sont composées d'individus placés, par leur organisation, aux demiers échelons de la vie animale, dans la classe des inverterbrés : j'ai nommé les fourmis et les abeilles. Que de temps il noits faudra; puur arriver à acquérir l'organisation admirable réalisée par ces insectes. M. Letourneau, avant de passer à l'examen des formes politiques humaines proprement dites, a jeté un coup cl'œil rapide sui' les sociétés animales. Non sans raison, car l'examen de ces divers modes d'associations, fournit des indications précieuses ;iue l'étude des sociétés politiques humaines confüme. Par exemple, voici un fait général, relatif à la famille. On a dit et l'on répète sut· tous les tons, pour justifier le maintien ~ans aucune modification de la famille contemporaine,qu'elle est la cellule de la société. Auguste Comte en faisait un organe social important. Or l'instinct familial apparait, au contr.iire. chez les animaux, comme incompatible avec la formation des sociétés nombreuses, partant contraire à tout progrès. Presque tous les oiseaux sont monogames, aussi leurs sociétés ont-elles peu de durée. Les plus sociables d'entre eux, les perroquets, par exemple, se sépareut à l'époque des amours. - Même observation pour les mammifères, où les meillem·s pères de famille, les carnassiers, sont aussi les plus insociables des animaux. C'est qu'en général, l'organisation de la famille cJmportant l'assujettissement des plus faibles aux plus forts - l'instinct familial se confond chez le mâle avec l'instinct de p1·opriété, qui exalte l'individualisme aux dépens de la sociabilité. Ainsi un animal polygame très intelligent, l'éléphant, chasse impitoyablement de la famille les jeunes mâles adultes, dès qu'il commence à craindre pour la fidélité de ses femelles. La jalousie, dit très bitln l'autcu1' de l' Evolution politique, lui interdit la fondation de grandes sociétés. Au contraire, les chiens sauvages, qui vivent à l'état de promiscuité, chassent par meutes nombreuses. li en est de même dans les races humaines. Au début, les hordes monogames apparaissent manifestement inférieures en aptitudes sociales aux hordes polygames ou promisques. Les Bochimans, les Védahs de Ceylan, wnt monogames et ils n'ont pu sorti1· de la basse animalité: tandis que les hordes promisques forment des 'clans consanguins socialement unis par la parenté, qui relie tous les membres du clan. - C'est là une observation importante, qui mérite d'être retenue, pa1·cequ'elle détruit bien des opinions courantes inexactes sur le rôle de la famille dans le développement de l'humanité. Les abeilles, les fourmis et quelques rares animaux, tel que le castor, mis à part, il n'y a organisation politique, au sens propre du mot, que dans les sociétés humaines. Pour se rendre compte de la loi de sucl'ession naturelle del! diverses formes politiques, M. Letourneau a passé en revue toutes les
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