LE PEUPLE RUSSE ET SON GOUVERNEJ\IENT 7 dècret dont parle M. Droz, dans les fabriques d'allumettes du village d'Ijora, aucune peécaution n'est. pi·ise pour rendre moins malsaine cette industriè meurti'ière; les enfants qui y sont employés en grand nombre, et rétribués d'une façon dérisoire, y fournissent, comme les· adultes des deux sexes, 14 heures de tmvail par jour. « Nous n':tvons jamais pu, dit-il, reccyoir d'eux une réponse précise au sujet de leur âge; tantôt ils ne répondent pas, tantôt ils prétendent l'ignorer, soit parce qu'ils l'ignorent effectivement, soit parce qu'ils craignent le patron dont ils exécutent les ordres! » Pour le repas de midi, on leur accorde au plus une heure et demie; ceux qui habitent à une certaine distance appo1·tcnt leur Pepas à ru.sine : un mol'ceau de pain noir (de seigle), accompagné d'un oignon, d'un concombre ou d'un peu de poisson salé; ils mangent sur place, dans l'atmosphère infecte et toxique de l'atelier, sans même se laver les mains! Tous les faits que je citerai plus loin sont empruntés, cliPectement ou indirectement, aux sources les moins suspectes : à des rapports de commissions gouvernementales chargées d'étudier l'état des fabriques et usines et les conditions d'existence des ouvriers; à des comptes rendus d'enquêtes, très nombreuses et teès sérieuses, entreprises par les assemblées proYinciales; à des ounages publiés avec la sanction de la censure impériale par quelques hommes de bien, professeurs, médecins, hygiénistes, statisticiens, industriels ou propriétaires fonciers. Beaucoup de ces faits sont naturellement antérieurs aux décrets gouvernementaux provoqués et motivés précisément par leur constatation et destinés à y obvier; mais, comme je l'ai déja dit, le but a rarement été atteint. J'aurai soin, <l'ailleurs, d'indiquer les cas où les mesures prises pa1· le gouvernement ont réellement été utiles. Je ferai aussi de fréquents emprunts à la thèse présentée l'année dernière à la Faculté de médecine de Montpellier par MmeTkatcheŒ (1). On y trouvera une bibliographie très complète des publications russes sur cette question. Le peuple russe est éminemment. pacifique, mélancolique, résigné, fataliste; il est presque exclusiyement agricole. La population rurale est tout à fait énorme en proportion de la population urbaine; le prolétariat clesYilles n'exi te pour ainsi dire pas, ou ne fait que se·former peu à peu depuis l'émancipation des serfs. Le trait caractéristique des ouniers en Russie, c'est qu'ils sont presque tous en même temps agriculteurs. Il est impossible de faire, dans les limites d'un article, une étude tant soit peu adéquate de cette organisation, si différente de tout ce qui existe dans l'Europe occidentale; mais il est indispensable d'en connaître au moins .sommairement l'enserµble pour comprendre la situation des ouvriers de fabriques. (1) Conditions hygiéniques des ouvriers en Russie. - Paris, Doin.
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