La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

102 LA nEYllE SOCIALISTE sait, car il nous eût coûté peut-être d'entrer clans _une définition très exacte, étant donnée la vaguité de notre but. L'Art social, c'était une orientation, un jalon solide. Les plus grandes œuvrcs humaines n'eurent-elles pas cette origine d'indécisions et de tùtonncments 7 D'ailleurs, il était entre nous un point d'absolue convergence: Nous nous disions qu'il fallait rompre visiblement avec les je-m'en-foutistes, qui, étant légions en littérature et en art., prêtaient ~t croil'e qu'ils étaient l'unanimité, et ainsi nous faisaient partager les ridicules de leur << égotisme>> sottement prétentieux. Urgence ét.tit de créer tlrnx camps distinrts, entre les<Juels un ahîme: Ici, ceux r1ui, sans prôlcn<lrc assujettir l'art il telle ou telle formulr, ni le diriger tlans tr.lle 011 trlle voie, prnsent av<'l' raison qu'il est le puissant véhicule des idées social<'s, et que s'il n<' les crée pas, tout au moins il les synthétisr <'L leur fait prcntlrP corps. Qu'en conséquence l'artiste doit s'efforcer crétndier l<'milieu social , où il vit , <l'entrevoir l'au-delil de cc milieu social , quïl <loit ternlrc i1 tont rr f]tti est la science, la lnnuèrc, la raison, la justice, l'lrnrnanité. Crl.l fpra sourire de pitiô les petits bouddhas qni assèchent des uocl,s <lans les brasseries de Moutm<1rtre, en rimant cles sonnets;\ leu!' nombril Désormais l'é1J1livoquenr sera pins possible. On saura quïl en est parmi nous que leur souci d"ètr·eartütc n'aveugle nullement sur la nécessité de penser. Car il ne suffit pas de savoir sentir .. Voici venus les temps où, pom· la première fois, l'art de la forme littéraire s'alliera <lans les œunes à ln pllissa1we de la pensée. Le claseisme, qni olîrc des chcfs-d'œuvre, est d'une langue si pauvre, que la société nouvelle née avec le siècle, se trouva dans l'impm,sihilité d'oxpritner les sensations neuves, les sentiments nouveaux, et c'est alors <1uese fü une ré\·olution, le grand mouvement <l"esthétique du romantisme, qui tranfjforma la langue si cornplNem,·nt. Mais rl.emèmc que les écrivains de ja,lis, dans lrur n1aJr111· souci ,lr la pensée, i:"étaient in11uiétés peu de la forme. il arriY,l rJll" les romanti<1ucs fil'cnt de la forme l'objet de leurs soins exclusifs. Ils s'attardèrent, apr<'Sla régénération rlcs cxpresRions Je l'art, rt les néos qui chez eux pril'ent école, poursuivirent cet attardemcnt, dont nous subissons encore la méchante influcncr. Nous sommes dans 1:1s.ituation de cc factionnaire qui, devant. la gr·ill" du Louvre, factionnait chaque soir, sans se demander pom<1uni, parce que cinquante ans auparavant, celte grille étant fraîche rr.pcintc, onlrc avait été donné d'y place!', à la nuit tombante, un homme de faction, afin que les bons hourgeois n'y frottasscn t point leurs lévites. Le siècle avait dit aux littérateurs: Refaites-vous une forme. Et. la forme faite, ils perpétuent la rr.ission. Ils sont en faction devant la rhétoriqur et Ir siècle a hien rl'autres chiens ù fourtter. Le Club de

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