La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LÉGALITÉ DES SEXES 85 dire un mot, faire un pas ùans la rue, jeter les yeux sur quelque chose, sans êtrA, la plupart du temps, grondées par un père qui compte plus avec les préjugés de son temps qn'ayec l'intelligence et la dignité de ses enfants; par une mère qui, bien qu'ayant souffert de la même trrannie que ses filles ne comprend pas qu'il est injuste et stupide de les élever dans un aussi terrible e:clavage. Femmes, elles ne connaissent les joies de l'existence, du monde, que t.ant que leur mari a encore quelque amour pour elles. Après, commence pour elles un esclavage bien souvent plus pénible que le premier. La famille Yient, il faut constamment traYailler pour l'éleYer, passer la nuit au chevet des enfants malades, travailler le jour pour le ménage. Elles sont encore heureuses, lorsque leur mari est un bon travailleur, pas trop noceur, pas trop brutal, et qu'il apporte régulièrement son mois. Ah! mais lorsqu'une ou plusieurs .de ces qualités font défaut a celui-ci, lorsque le chômage arriYe ou que surgit une grève; lorsqu'entre brusquement dans la famille un malheur quelconque, accident arriYé à quelque membre de la famille et qui nécessite (lUelques dépenses, une perte quelconque d'argent ou lorsque le père meurt. subitement a la suito d'une longue maladie qui a ruiné la maison, c'est alors que l'existence rle la femme, de la mère de famille devient un enfer. Sans argent, sans travail et souyent sans ressources, la mère esi: rivée aux tourments du dé.'espoir, à la chaîne du malheur. Il faut, de quelque façon que ce soit, qu'elle sorte de cette terrible situation. Celles qui élèvent leur famille n'y parviennent qu'après avoir subi toutes les souffrances, supporté toutes les misères, fait tous les sacrifices. Quelques-unes sont plongées dans la misérable nécessit.é de recourir à la prost.itution, et encore, qu'elles sont heureuses lorsqu'elles rapportent assez à la maison pour satisfaire aux appétits faméliques des petits. Et yous osez leur faire un crime de ce dévouement absolu, de ce sacrifice complet d'elles-mêmes, philosophes ou savants qui, tranquillement dans YOS cabinets, jugez la valeur morale de la femme au nombre de prostituées que la . tatistique vous donne, qui ne recherchez pas les causes sociales qui poussent ces malheurauses à l'abandon complet d'elles-mêmes. Et vous osez prétendre, sachant toutes les souffrances que la femme supporte par et pour la famille, connaissant l'esclavage que la société lui fait supporter depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, qu'elle est moralement inférieure à l'homme'? Sachez que pour supporter les souffrances, les amertumes, les douleurs physiques et morales que supportent les neuf dixièmes des femmes pour la famille, vous ne trouveriez pas trois hommes sur dix. Incontestablement, la femme est moralement supérieure a l'homme, en douceur, en bonté, en énergie, en dévouement et en

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