84 LA REVUE SOCIALISTE tique ou le paysan russe, un être tellement inférieur à sa destinée et à ses moyens, qu'on incline à la mépriser quand on la juge superficiellement, sur les apparences. Que l'on soumette l'homme à la même éducation que la femme, qu'on le place clans de semblables conditions de dépendance, et l'on --rerra ce qu'il faut penser de sa prétendue supériorité morale. Hélas! cela est bien vrai, car si les femmes sont souvent hypocrites, menteuses, c'est parce qu'elles sont placées sous le despotisme des lois familiales et sociales, parce qu'on a, enYers elle de stupides et monstrueux préjugés, tandis que, combien d'hommes sont menteurs et làches presque sans y èt.re obli-- gés ! Mais re-venons à Fom·ier qui, dans un moment d'indignation, s'écrie ayec éloquence en s'adressant aux hommes : « Et Yous, sexe oppresseur, ne surpasseriez-Yous pas le~ défauts reprochés aux femmes, si une éducation serYile yous fo1·mait comme elles, à vous c1·oire des automates faits pour obéir aux préjugés et rampe1· (1c\'ant un maît.re que le hasard Yous donnerait? ... Il faudrait, pom· confondre la tyrannie des hommes, qu'il existàt, pendant un siècle, un troisième sexe màle et femelle, et plus fort que l'homme. Ce nouveau sexe protn-erait à coups de gaule que les hommes sont faits poue ses plaisirs aussi bien que les femmes; alors on entendrait. les hommes réclamer contre la tyrannie du sexe hermaphro(lite, et confesser que la force ne doit pas être l'unique règle du rlroit. « Or, ces priYilèges, cette indépendance qu'ils réclameraient contre le troisième sexe, pourquoi refusent-ils de les accorder aux femmes?» Oui, comme Fourier, nous croyons que les défauts, que les Yices de la femme sont le produit artificiel, pathologique, sont l'œuvre de l'oppression de l'homme, de la tyrannie des lois sociales. Toutefois, nous croyons aussi que, malgré ses défauts, malgré ses Yices, la femme est encore, au moins, moralement, l'égale de l'homme. Il suffit de jeter un coup d'œil sur la société pour Yoir qu'en dehors de quelques déséquilibrées, de quelques excentriques, de quelques p1·ostituées (1) les autres deYiennent trop souyent de douces et bonnes compagnes pour leurs maris. Leur Yie, en général, n'est qu'une longue suite d'humiliations. de peines, de sacrifices, de dévouements. Filles, elles sont obligées de se soumettre docilement aux Yolontés, souvent aux. caprices des parents; elle~ ne peuvent (1) Et encore dans ces désiquilibrées, ces excentriques, faut-il y voir souvent des femmes de haute intelligence et de grand cœu1· qui ont eu l'énergie de se débarrasser des préjugés idiots qu'a le mancie envers les femmes et envers cette catégorie de femmes. Pour quant aux prostituées la plupart ne le sont devenues que poussées par les étreintes de la misère, Ge la faim. En général, elles sont toutes bonnes et dévouées parce qu'elles ont souffert et qu'elles souffrent.
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