L1ÉGALITÉ DES SEXES 83 « Qui produit, chez l'homme, continue Proudhon, cette énergie de rnlonté, cette confiance en lui-même, cette franchise, cette audace, toutes ces qualit.és puissantes que fon est conYenu de désigner par un seul mot, le moral? Qui lui inspire,· avec le sentiment de sa dignité, le dégoût du mensonge, la haine de l'injustice et de l'horreur de toute domination? Rien autre que la conscience de sa force et de sa raison; c'est par la conscience qu'il a de sa pi·opre valeur que l'homme arrive au respect de lui-même et des autres, et qu'il conçoit cette nature du droit, souve1·aine et préponclé1·ant0 en toute âme Yirile. i> Beau raisonnement qui malheureusement est faux, car, a part quelques exceptions, des natures d'élite, chez qui la franchise, l'audace, la YOlonté,le dégoût du mensonge, la haine de l'injustice et de toute domination sont principalement le fait d'un tempét'amment. énergique et d'une bonne éducation; tous les aut.i·esont peu, ti·op peu des qualités que P1·oudhon attribue a la généralité de:c-hommes. Il suffit de jeter les yeux sm· la société, de lü·e une page tl'histoire pour se convaincre que, même parmi les hommes, les pins forts ont été toujours les plus oppresseurs, les plus Yiolents, les plus insolents. L'asservissement de la femme n'esl-il pas la poui· protester contre cette prétendue haine de l'injustice, contre celte hoi-reur de la domination, conh-e cette notion du drnit dont P1·oudhon qualifie si généreusement les hommes. Fourïer croit, lui aussi, que la femme est moralement en pm·tie inférieure à l'homme, et il fait, comme Proudhon, dérive1· l'infél'iorité morale de la femme, de ses infél-iorités physiques et intellectuelles. Mais où Fourier est bien plus près de la vérité que Pi·ouclhon, c'est lorsqu'il dit que les infériorités intellectuelles et morales de la femme sont pour une grande part le pr-oduit artificiel et pom· ainsi dire pathologique de l'oppression que l'homme fait peser sur sa compagne, et du milieu social dans lequel celle-ci a toujours vécu. « Les vices et les défauts que l'on repeoche orclinaii·ement allx. femmes,dit-il,s'expliquent naturellement par la contrainte de l'éducation qu'elles reçoiyent et le rôle qui leur est assigné.C'est la société qui, en comprimant les facultés de la femme dès l'enfance et pendant tout le cours de sa vie, la force de recourir à la fraude pour se livrer a la nature. Vouloir juger les femmes sur le caractère vicieux qu'elles déploient en civilisation, c'est com10e si l'on voulait juger la nature de l'homme sur la nature du paysan russe, qui n'a aucune idée d'honneur et de liberté, ou comme si l'on jugeait les castors sm l'hébétement qu'ils montrent clansl'état domestique, tandis que dans l'état de liberté et de travail combiné, ellès surpasseront les hommes en dévouement industriel, en loyauté, en noblesse; mais hors de l'état libre et combiné, la femme devient comme le castor dome~•
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