REVUE DES LIVRES 76\) La fiction, on le voit, est un peu simpliste. Quïmporte ! si elle donne la vision du tableau. Le tableau de la nuit du i. août 1789 est la partie historique - la première - du volume. La nuit du ~ août 1889 est la seconrle, mais hélas! purement fantaisiste. On sait, en effet, que les Chambres ne siégeaient pa.s ce jour-là. Heureusement, la fiction adoptée par l'auteur lui permet de faire siéger la Chambre de 1889 et, en effet, le héros du livre, toujours endormi, assiste à cette séance imaginaire. On discute la loi sur les céréales, dont l'adoption viendra surtout en aide aux grands propriétaires fonciers déjà millionnaires, et grèvera d'autant la consommation du pain du pauvre, le budget des cultes, la loi militaire, etc., et il n'est pas une seule question soulevée, dans laquelle ne s'accuse avec force la rapa'.!ité de la classe gouvernante à laquelle appartiennent nos législateurs. En vain un député - fictif aussi, hélas! - montet-il à la tribune pour défendre les intérêts populaires et faire appel à la générosité des uns et des autres, ces appels ne sont pas entendus. Ce député parle dans le désert, bien que M. Modeste ait placé dans sa bouche d'excellentes choses. Par exempla, il Jit : « Oui! le trav<.1iel st libre, mais si l'on ne peut y être maître qu'à la condition de posséder C-3 qu'on n'a pas, mais si le travail est impossible sans <!apital, quE>penser, que <lire de l'anéantissement des vieillas eut.raves?... Parmi nous, sur le sol de ·France, il y a encore des serfs. Nos classes vouées au travail sont, non pas par une fiction déclamatoire de tribun, mais, au sens le plus précis, placées sous le régime du se1·vag-e.,.Est-il vrai qu'on ne peut vivre et qu'on ne vit que de produits du travail? Est-il vrai, qu'autour de vous, des milliers, des millions d'hommes vivent sans avoir fait de leur vie œuvre de travail..: En France, on vit sans travail. Donc on est maître ou serf, en France ... » - Et le député imaginaire de M. Modeste continue longtemps sur ce thème, énumérant les iniquités sociales de la classe capitaliste, sourde à ces appels véhéments. Le contraste, on le vC1it,est parfait, et M. Modeste ne pouvait mieux le mettre en lumière. RAPPORT su,• le projet de loi accordant la personnification civile aux unions professionnelles, présenté à la Fédération des avocats belges (Assemblée générale du 7 décembre 1889, à Mons), par MM. Ninauve et Emile Vaudervelde, avocats à la Cour d'appel de Bruxelles. - Bruxelles. Nous ignorons encore, à l'heure où nous signalons ce travail, si remarquable sous tant de rapports, quel accueil lui sera fait par la Fédération des avocats belges. Mais le fait que la corporation des avocats àit ouTert un débat sur une telle question, me dispose sympathiquement en faveur de l'état d'esprit juridique existant en Belgique. En tout cas, le rapport de MM. Ninauve et Vaudervelde est une étude importante, conçue dans un excellent esprit scientifique \je ne dis point juridique, nos juristes français actuels employant le terme dans le sens d'étroitesse q:ü a si largement contribué à abaisser le niveau de l'esprit juridique contemporain), et nous n'en saurions trop recommander la lecture aux personnes qui s'intéressent à l'évolution des associations corporatives. Elles y trouveront, en effet, des renseignements très étendus sur, l'état de sociétés ouvrières en Belgique, en Angleterre, en Allemagne, en Suisse et aux Etats-Unis. Carles auteurs ont puisé à des sources nombreuses, et recueilli un ensemble de faits de toute nature sut· la formation, la marche, l'organisation et les tendances du mouveme1:1ot uvrier syndical dans les pays industriels des deux continents, et leurs recherches font de leur rapport le résumé le plus substantiel qu~on ait depuis longtemps publié sur la mat.ière. Le chapitre 18 ' définit l'union professionnelle ; non point en se basant sur lf 9
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