La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

768 LA REVUE SOCIALISTE Allemagne ........ 1878 > 1888 2.203.875 29.115.010 1.027.275 13.2lJ.6.695 Ainsi, tandis que l'importation pour la France n'a guère que triplé depuis dix ans, celle de l'Angleterre a presque sextuplé, et celle de l'Allemagne et quatorze fois plus consictérabie qu'en 1878. C'est là un symptôme dont la gravité menaçante pour le commerce français ne saurait échapper à nos lecteurs : Nous voudrions nous étendre sur le système financier qui mériterait une étude toute spéciale, le livre de M. Guilaine étant partjculièrement documenté sur le régime financier argentine. Mais la place nous manque et nous renvoyons les intéressés à cet ouvrage, qui vaut qu'on prenne la peine de le feuilleter. La nuit du 4 août; 1789-1889, par VICTORMooEsTE. 1 vol in-18, 3 fr. 50. Paris, Guillaumin. Les deux dates de 1789-1889, réunies en (sous-titre disent assez le sujet de ce livre et le but que s'est proposé l'auteur. M. Modeste a voulu faire un parallèle entre la génération gouvernante d'hier et celle d'aujourd'hui, en plaçant chacune d'elles dans le cadre de ses intérêts respectifs. Hélas! il n'a pas de peine à démontrer combien féroce et intraitable se révèle l'égoïsme de la classe dirigeante contemporaine, comparé à l'élan de générosité chevaleresque qui s'empara de l'aristocratie française dans la nuit du lJ. août. Il est de mode aujourd'hui, dans des milieux sociaux les plus opposés, de parler avec ironie de cet élan d'enthousiasme, sans précédent dans l'histoire et qui ne devitit pas avoir de lendemain. Les philosophes quintessenciés qui ont la prétention de redresser les erreurs de l'histoire et qui se préoccupent moins de raconter les faits que de dire ce qu'ils auraient dû être, pour mériter leur approbation, traitent de scène puérile et déclamatoire cette séance mémorable; les rétrogrades maudissent ce qu'ils appellent l' c: abdication » de l'aristocratie ; et certains socialistes méconnaissant la portée significative des mesures prises cette nuit-là, sourient dédaigneusement à l'évocation de ce grand courant de fraternité et d'égalité humaine qui soulève tout à coup l'Assemblée constituante. Sans nous faire illusion, croyons-nous, sur las conséqueoces de cet acte collectif qui transforma, du jour au lendemain, l'aspect de la société française, nous sommes de ceux qui professent une admiration très grande pour le désintéressement de caste dont l'aristocratie fit preuve et bien que la plupart des généreux promoteurs des me11uresd'égalité aient manifesté plus tard un regret amer de leur entrainement, il nous plait de ne voit- dans cette admirable séance que l'émulation généreuse qui poussa tour à tour les membres de la noblesse à faire le sacrifice de leurs privilèges économiques et honorifiques. M. Victor Modeste a voulu retracer lê tableau de cette scène vraiment grandiose, et pour lui donner p;us d'attrait, il l'a présenté sous la forme littéraire d'un récit quelque peu romanesque. L'énumération des droits féodaux que chacun venait successivement renier à la tribune eût été certainemant fastidieuse. Elle eût prêté sans doute à de savantes dissertations. Mais elle n'eût pas convenu au public que l'auteur avait en ,•ue. Car nous pensons que M. Modeste a écrit surtout pour la moyenne des lecteurs, et cette moyenne lira le récit de cet événement agrémenté de portraits et d'anecdotes, qu'on traite en bonne et due forme des droits féodaux abandonnés. L'auteur suppose donc un jeune homme endormi, transporté tout à coup en rêve, dans les salles du manège où siégeait la Constituante. Le duc d'Aiguillon monte à la tribune et lit sa proposition célèbre. Le défilé des acteurs et des motions commence alors. Le spectateur, haletant, assiste à ce fourmillement de motions qui se croisent de toutes parts. C'est la résurrection, en un mot, de la nuit du lJ. août.

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