La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

DES SERVICES PUBLICS 749 l'État nous fusille, nous condamne, nous emp1·isonne,et nous YOUlons enlever a l'État sa jugerie, ses geôliers et ses fusilleurs. Nous avons yu de nos yeux que l'État, oui, même l'État actuel, l'Etat bourgeois, lorsqu'il Youlait bien produire par lui-même au lieu d'abandonner la production a des compagnies de capitalistes qui n'ont en vue que de s'enrichir, produisait mieux et a meilleur marché que ces compagnies : nous en attestons les chemins de fer de l'État en Belgique (1), et le service des postes, et la construction des ports de mer. Mais ce que nous n'avons pas YU, et que nous ou nos neveux verront, c'est l'État ouvrie1·, l'État basé sur le groupement des libres Communes ouvrières, se chargeant définitivement de la gestion de toutes les grandes entreprises sociales, que l'Btat bourgeois a laissé accaparer par les Mirès et les Langrand Dumonceau, au grand détriment de la classe travailleuse. Mais que nous importent les anathèmes lancés contre nous du haut des chaires officielles de l'économie politique orthodoxe! lls ne nous touchent pas plus que les foudres lancées de la chaire de Pierre; nous rions de l'infaillibilité écono~ique de ces pontifes rle l'offre et la demande, qui prétendent élever la doctrine cl u laissezfaire a. la hauteur cl 'un dogme. Ce qui nous touche de bien plus près, c'est la répulsion instinctive qu'éprouvent pour-toute fonction confiée à l'État, pour toute intervention de l'État, des sociafütes qui sur les autres points marchent côte à côte avec nous; entre ceuxla et nous, nous croyons qu'il existe tout simplement un grand malentendu : peut-être le mot Ètat est-il le seul point qui nous sépare d'eux; s'il en était ainsi, nous laisserions volontiers le mot de côté, tout en déclarant que nous consenons et même que nous étenrlons la chose, sous le couvert plus agréable d'une autre dénomination quelconque : administration publique, délégation des communes fédérées, etc. Mais à côté de ceux qui nous reprocheront le rôle que nous attrib~ons à l'État, il y a aussi ceux qui repousseront le rôle que nous (1) Quiconque a voyagé en Belgique sait combien le,:; chemins de fer de l'Etat y sont supérieurs aux chemins de fer concédés, tant sous le rappol't de la réduction des tat'ifs que sous ceux de la bonne organisation du service, de la célérité et de la régularité des trains, du bon état du matériel. C'est ce qui fait dire à la Liberté de Bruxelles (n° du 20 septembre 1868), journal que l'on ne peut accuser d'avoir des sympathies exagérëes pour l'intervention de l'Etat : « Nous devons l'avouer, les résultats obtenus en Belgique soot un démenti donné à cette incat1acité oi·iginelle de l'Etat en matière d'industrie, qui est un des lieux communs de l'économie politique .. > Coasidéraot que les chemins de fei· constituent de fait un wonopole, et que le monopole de l'Etat dirigé dans l'intérêt général est préférable au monopole des compagnies qui a pour objectifl'intérêt des actionnaires, le rédacteur de cet artic_le (( 11clutcomme nous à exploitation générale des chemins de fer par l'Etat.

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