La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

DES SERVICES PUBLICS 743 exemples de e-eUenouvelle destination des trades-unions. Voici ce qu'un économiste qu'on ne suspectera pas de socialisme, M. G. de Molinari, dit à ce sujet : « Il est clair qu·on n'en demeurera pas là, et qu'après être intervenues, à titre d'intermédiaires, dans la conclusion des marchés par la fourniture du travail, les unions seront amenées aussi, par le cours naturel des choses, à intervenir dans leur exécution. Le vieux système des rapports directs et individuels, source inépuisable de dissentiments et de conflits entre les ouvriers et les entrepreneurs, cessera alors d'exister (l). » C'est ainsi que cet économiste en arrive à considérer les unions comme destinées à devenir ce que, dans son langage mercantile, il appelle des sociétés coopératives exerçant le commerce du travail; et c'est pourquoi il s'écrie en terminant son livre : « Les unions sont-elles autre chose que les rudiments d'une institution nouvelle, qui est destinée à changer la face du monde économique, comme la machine à vapeur et la locomotive ont changé la face du monde industriel? » Le fait est, qu'en entrant dans cette voie, les sociétés ouvrières deviennent par la même des sortes de sous-entrepreneurs, et qu'elles suppriment le salariat dans sa forme actuelle, puisque le travailleur reçoit ainsi son salaire de son association au lieu d'être le salarié du patron. De là à. la suppression du patronat, quoi qu'en pense M. de Molinari, il n'y a évidemment qu'un pas. Dans les travaux où l'outillage est peu ,lispenclieux, et dans ceux où l'État est lui-même propriétaire du matériel, qu'est-ce qui empêche dès lors l'union de devenir directement entrepreneur? Et dans ceux où l'outillage est très dispendieux., ce n'est plus qu'une question de liquidation entre les groupes producteurs et les détenteurs des instruments de tra- •vail; et cette liquidation s'imposera tôt ou tard par la force des choses, soit qu'elle se fasse à l'amiable, par un arrangement de gré à gré entre travailleurs et capitalistes (ce qui serait évidemment· préférable), soit qu'elle se fasse violemment clans une de ces tempêtes populaires que suscitent généralement la résistance aveugle des classes régnantes contre les légitimes revendications des classes opprimées. Mais nous n'avons à envisager ici la question de l'association ouvrière qu'au point de vue de l'entreprise de certains senices publics. Eh bien, à ce point de vue, nous disons que pour ces services publics, notamment pour ceux qu'on appelle les travaux publics, tels que l'entretien des routes,le nettoyage des rues, l'exploitation des chemins de fer, l'usine à gaz et l'éclairage public, et pour ceux que nous avons appelés les grandes industries sociales, telles que les mines, les carrières, les hauts -fourneaux. les usines métal- (1) G. de Molinari. Le mouvement socialiste, chap. IV. Paris, 1872.

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