LA RJ<~VOLUTION ET L'ÉGLISE 719 Sans doutej qt1oiques pern~eurs 11ofusent a l'hrntl'uctio11 settle le pouvoie de moraliser l'homme. C'est une thèse qni peut se soutenü· et. après llc1·bert Spencer, un excellent esp1·it, M. Guyau, dans soli livre posthume Je l'Jléréilité et de l'Ediication (1), reLloute c1uel'abus de l'irnitruction purement intellect.uelle n·aboutisF-e souvent qu'à faire des déclaF-sés. Rien de plus contest.able, soit dit ent1·e paroJlthèses, ca1· ce n'est pas l'instruction qui c1·ée de~ décli:u:;Rés, mais bien plutôt notre orµ;anisation sociale vicieuse, g1·àce tt laquelle les jeunes ge11sinstruits, mals dépourYuF-de ressources, sont la plupart du temps dans l'impossibilité absolue d'a1·riY01'au tang où d'autres, ni plus ni moins distingués, mais plus fayorisés de la fo1·tune, s'élèYe1it sans µ-ranrl efftwts. Quoiqu'il en soit, M. Guyau non plus ne va che1·cher, dans la 1wafü1uede 'la 1·eliµ;ion, un palliatif aux. prélend us dangers de l'ini;;truction; mais il considère comme ind ispensable l'enscigo0ment mornl ot civique. En quoi il ne fait que 1·éécliterles doctrines des hommes de la Révolution et consacrnr le pt·incipe qui a pl'ésidé, sous notre koisième République, à l'organisation actuelle de l'enseignement primail'e. Que l'instl'uction tloiYe êl.t'e eu mé111etempr-,intellectuello, morale et ciYique, voila cc que pe1·sonne ne eonter-,te aujoul'1l'hui. Mais M. Ft·eppel voudt·ait qu'elle fût el'\sentiellement relig-ieuse. Un enf'ant ne pou1·ra jamais atteindrn a la vertu, si on ne lui enseigt1e à l'école, dès ses plu jeunes années, qu'uu Dieu cap,·icieux s'est amusé a créer l'homme pout· l'éprouver; que la grcl.cede Dieu est synonyme de ju tico; que le culte de Dieu 1·ésume toute vertu; que· Dieu, à un momeot donné, a envoyé sur te1·re un rédemptem·, ::;on fils, lequel a été conçu sans péché par une mère immaculée; que ce fils est mol't, bien quïmmortel; mais qu'il a ressuscité; qt1e le père et le fils, unis a un troisième 1 le Saint-Esprit également Dieu, ne !o1·mentqu'une seule personne.etc ... Voila des notions sans lesquelles les jeunes Français ne sauraient vivre beureux,être hortnètes et bons citoyen,.,! Et voilà pourquoi l'Eglise qui ern,eigne des vel'ités aussi Haies, est exolusirnment apte à eclai1·ei· les ce1·vea.ux., a épurer les àmes, à faire des hommes, en uu mot. Eh bien! nos ancêtres de la Révolution ont pensé tout le contraiee, et Condorcet en particulier a estimé que l'Eglise 1 depuis trop longtemps, avait exel'cé la fonction étlucat1·ice et 11uec'était à J'Et.at et à l'Etat seul de se l'approprier. C'est un crime que l'Eglise ne leur pardonnera jamais, pas plus qu'elle ne parùonne aux républicains ù'aujourd'hui, héritie1·s de la tl'adition dn ùernier siècle, <l'avoir mis en pratique la maxime: Je prêtt-e dans l'église, l'instituteur (1) Guyau, de l'ltérédité et de l'Èducation. Paris, 1889.
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