LA RÉVOLüTION ET L'ÉGLISE 717 mique ou nous nous débattons. Et les fils de la Révolution, insinue M. Freppel, sont condamnés a << laisser faire :ii sous peine de devenir infidèles à la doctrine de leurs pères, car « toutes les réactions en faveur du principe d'association si étrangement méconnu en 1789, sont autant de conquêtes sur la Révolution française. » Autant dire, avec certains économistes-socialistes, que la Révolution n'a été que ·1a victoire de la bourgeoisie sur le peuple! Pour être fidèle à la Révolution, est-il donc nécessaire de la copier servilement? La Constituante a établi la constitution civile du clergé: est-ce une raison pour l'imiter? Robespierre a décrété le culte de l'Etre Suprême : est-ce une raison pour l'imiter? Le fougueux Isnard, dans sa haine pour Paris, proposait de raser la grande ville: est-ce une raisin pour épouser sa haine? Copier servilement la Révolution, c'est considérer ses doctrines comme immuables et les revêtir d'une sorte de caractère d'infaillibilité qui ne s_aurait convenir qu'aux dogmes de l'Église. La science sociale fait des progrès. De l'esprit d'examen et d'investigation résultent des données nouvelles, constamment plus précises et pouvant s'adapter aYec plus d'exactitude aux différents événements de notre vie sociale. Devons-nous donc ne tenir compte ni des découvertes de chaque jour, ni de l'évolution politique et économique contemporaine? Sans doute, si l'on se contente pour caractériser la portée sociale de la Révolution, d'envisager la loi de 1791 avec ses conséquences, si l'on se place à cet unique point de vue, on doit arriver aux conclusions de M. Freppel. Mais est-ce là une base assez large pour établir la discussion? Et ne peut-on pas affirmer, au contraire, que le progrès social se trouve en germe dans la philosophie du xvm• siècle, dans la philosophie si humaine des encyclopédistes? Qu'importe que les physiocrates aient inspiré les législateurs de la Constituante! En 1789, il n'était pas possible, nous le répétons. de prévoir l'évolution des phénomènes économiques et par conséquent d'en prévenir, par des décrets, les conséquences. Mais il est permis aux fils de la Révolution d'étudier le monde économique, les transformations accomplies depuis un· siècle, de regarder en face les injustices et les misères et de comprendre que les doctrines du « laisser faire•, si elles ont pu ne pas soulever d'objection en 1789, sont devenues non seulement inefficaces, mais essentiellement impropres à parer aux nécessités du moment. L'intervention des pouvoirs publics en matière économique est au contraire, aujourd'hui, le principe le plus indispensable qui soit, en dépit des théories de la lutte pour l'existence, si faussement interprétées par les économistes orthodoxes. . Et, disons-le en passant, il n'est pas de conduite plus illogique et plus contradictoire que celle des libres-penseurs qui trouvent suffi-
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