La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

712 LA REVUE SOCIALIS'l'E Et puis, un membre de l'Église est-il bien autorisé pour parler ùe la nuit du 4 août l Qui n'a encore présentes à la mémoire les reculades, les tergiversations de messieurs du clergé? Faut-il reproduire les interminables discussions, rappeler les luttes qu'ils soutinrent pour défendre leurs privilèges et la dime en particulier? « Cet impôt, écrit Michelet, cet impôt lourd, odieux, variable, selon les pays, qui montait souvent jusqu'aux tiers de la récolte, qui mettait en guerre le prêtre et le laboureur, qui obligeait le prea,.ier, pour le temps de la moisson, à une 'inquisition misérable, n'en fut pas moins défendu par le clergé, pendant trois jours entiers, avec une violence opiniàtre ! » Mais aujourd'hui - ce temps est si lointain - on oublie ces incidents, et pour le besoin de la cause, on nie, ou bien on altère, on torture les faits et on exalte avec un lyrisme débordant la générosité de tous ces grands seigneurs, qui, veuillez le croire, auraient. assuré au peuple, sans qu'il fît mine de l'exiger, et la réformation des abus et l'extinction des privilèges! Voilà comment les disciples de Loriquet écrivent l'histoire! • En 1789, la crise était devenue inévitable, comme conséquen<;e d'une part de l'état de misère et de géne où se trou,ait la France depuis si longtemps, d'autre part, de la diffusion des idées philosophiques et scientiOques. Et la Révolution devait s'opérer en dehors du gouvernement, par des efforts spontanés, violents, proportionnés aux résistances. C'est pourquoi les récriminations de monsieur l'évèque d'Angers sont puériles, et la thèse qui forme l'Îdéc mère de son opuscule et qui consiste à opposer le mouvement réformateur de 1789 à la Révolution elle-mème, n'a pas de fondement. « A cette époque, dit Condorcet, on pouvait aisément prEvo1r qu'une « grande Révolution était illfaillible; et il n'était pas difficule de juger qu'elle ne « pouvait ètre amenée qne de deux maniè1·es; il fallait, ou que le peuple établît « lui-même les principes de la raison et de la nature que la philosophie avait -t su lui rendre chers; ou que les gouvernements se hàtassent de le prévenir, « et réglassent leur marche sur celle de ses opinions. L'une de ces révolutions « devait étre plus entière et plus prompte, mais plus orageuse; l'autre plus « lente, plus incomplète, mais plus tranquille ... La corruption et l'ignorance « des gouvernements ont préféré le premier moyen, et le triomphe rapide de la " raison et de la liber té a Yengé le genre humain » ( 1). L'esprit général de la Révolution dérive directement de la philosophie du xv1n• siècle et, comme le dir. très exactement l'auteur, la Révolution n'a cessé d'osciller entre le déisme de Rousseau et part du feu dans ce grand incendie, d'abattre une partie du bàtiment pour ~auver le reste ... (Michelet. Histoire de la Révolution). it) Condorcet. Esquisse d'un tableau du progrès de l'Esprit humain.

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