La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

. LA RÉVOLUTION ET L'ÉGLISE 711 Etait-ce donc là ce qu'on réclamait en 1789?Était-ce bien le vœu tle la nation, que la France déchiràt, en un jour de colère, sa glorieuse histoire pour se lancer dans le plus terrible des inconnus? M. Freppel vient de relire attentivement les catJ.iersde la noblesse, du clergé et du tiers. On n'y trouve rien de pareil. On voulait détruire les abus, non renverser le trône, non porter at.teinte a la religion. Et les abus, les privilèges, personne ;ne songeait à les maintenir (p. 13). << Jamais, a aucune époque, ni dans aucun pays. « l'on n'avait vu, de la part d'un gouYernement ou d'un ordre poli- << tique, autant de générosité et de bonne volonte pour la transfor- « mation pacifique d'un état social » (p. 14). On y apportait même un enthousiasme irréfléchi, « témoin cotte nuit du 4 aoùt 1 » Ni la noblesse, ni le clergé, entendez-bien, ni 10 roi ne résistaient aux réformes! On le voit, « il n'était pas nécessaire, devant un « accord a peu près général, cl'ouvt>it'uno tragédie sanglante ... » Excusez du peu! et admirez la lJollc imagination. Le malheur est que M. Freppel afû1·me sanR rien prouver. 'I'out cela, pure invention, œgri somnia. Où était-il cet accord a peu près général? Où, cette bonne volonté? Où, l'enthousiasme irréfléchi? Cela dépend apparemment du moment où l'on so place. Reculons de quclqtws années, s'il vous plaît. M. Freppel n'ignore pas qu'un certain Turgot avait eu l'idée de faire, comme on l'a dit, la. Révolution par en haut, mais que ce même Turgot trom·a sur son chemin de réformateur, tous les privilègiés, puis la Cour, ayant Marie-Antoinette à sa tète, et qu'il ne dépendit pas de celle-ci. queprès avoir èté renvoyé, il ne fût enfermé a la Bastille. Voilh pour l'accord a peu près général et la bonne volonté des intéressés. 1Reste l'enthousiasme irréfléchi. M. FrE:ppel in.-oque la nuit du 4 août! Mais, a ce moment, monsieur l'évêque, - rappelez vos souvenirs - nous étions en pleine Révolution, la Bastille était prise' et si les prévilégiés ont cédé, c'est sous la pression des événements. Que les badauds et les naïfs s'extasient devant la prétendue grandeur d'âme des nobles, rien d'étonnant; mais qu'on noµs permette de considérer l'enthousiasme irréfléchi dont on nous parle, comme lo résultat d'une mise en demeure ~ans réplique (1). (1) Ces droits (les droits féodaux) périclitaient fort. Pour mieux les détruire, pour anéantir les actes qui les consacraient, on b1'Ùlait les châteaux même. Les grands propriétaire& qni siégeaient à l'ai;s~mblée étaient pleins d'inquiétude. Une propriété si haïe, si dangereuse, qui compromettait tout le reste de leur fortune, commençait à leur paraître un fardeau.· Pour sauver ces droits, il fallait, ou en sacrifier une partie, ou les défendre à main armée ..... Le jeune duc d'Aiguillon fit la proposition généreuse et politique de faire la

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