LE TRANSFOR!\USME ET L'ÉVOLUTION SOCIALE 65 Aujourd'hui, corrimeaux premiers temps historiques, toute agglom_érationhumaine, soumise à une même direction politique, constitue une nation. L'identité de race, la similitude de langage, la communauté de religion ne sont pas indispensables. Ce sont de simples modalités, quoique a vrai dire, ces.modalités puissent avoir, en certaines circonstances, une influence notable, sur les transformations ultérieures des groupes. Le principe de la formation des empires est toujours le même. Le grand, on pourrait presque dire, le seul facteur, c'est l'épée. L'épée suffit pour coudre ensemble les morceaux disparates qu'elle a taillés, et .cette union subsiste, tant qu'une épée mieux. trempée, ne vient pas faire une répartition clitférente du troupeau humain. L'empire d'Alexandre, l'empire <leCésar, les empires de Charlemagne et de Napoléon sont la, pour nous montrer comment les empires se fondent et comment ils s'écroulent. L'unité économique n'est pas aujourd'hui indispensable a une même nation. Il est même a peu près impossible que des peuples, composés de races diYerses, réunies accidentellement par le sabre, puissent suivre des coutumes en tous points identiques. Ons'explique très bien, qu'il ne puisse se trouye1· aucune similitude entre l'organisation économique, toute rudimentaire, des Cosaques du Don ou des Circassiens du Caucase et l'organisation perfectionnée des provinces intérieures de la Russie. On s'explique tout aussi bien, qu'il ·n·y ait aucune corrélation, entre le système de production et d'échange du fabricant de LiYerpool, ou du marchand de la Cité de Londres, et le système de production et d'échange pratiqué par l'Indou de Masulipatam, ou le Cafre du Natal. Cependant, il y a un lien invisible qui rattache les uns au Tzar, les autres à la reine d'Angleterre; c'est l'autorité politique disposant de la force. 'foute nation est donc soumise à son moteur politique, à lui seul, indépendamment de telle ou telle forme gouvernementale, la justice ne compte pas, il suffit qu'elle soit assez forte pour sefaire obéir. C'est ainsi que la France républicaine est une, l'Amérique et la Sui-:serépublicaines et fédérales, que l'Angleterre monarchique et constitutionnelle, que la Russie aut.ocratique, de même que les monarchies, les oligarchies, les démocraties diverses, jusqu'aux peuplades fixes ou errantes de l'Asie ou del' Afrique, constituent des milieux, ayant chacun sa personnalité sociale qui, pour être soumise a toutes les vicissitudes de la lutte vitale, n'en est pas moins réelle. Telle est la composition générale des nations modernes, peu différente, on le voit, de celle des époques précédentes, au moins sous le rapport du mode de formation et du manque d'unité. Nous ne nous appesantirons pas sur la somme énorme de progrès d'ordre matériel qui ont été réalisés, progrès, que malgré leur 5
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