La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

680 LA n 'EVU E SOCIALISTE ab0lies par décret de la Révolution, se sont reconstituées par la force des choses, et, si en droit elles n'existent plus, s'il n',r a plus de privilèges, il n'en est pas moins flagrant que, par la disparition croissante de la petite bourgeoisie propriétaire industrielle et commerçante, une classe dépossédée et une classe privilégiée sont en perpétuel conflit. Ce conflit déborde le terrain économique et se montre dans toutes les manifestations de la vie sociale. Examinonsen les résultats. III. Conséquences sociales de l'inégalité économique. Tracer ici le tableau cornplet do la serYitude et de l'infériorité physique, intellectuelle, politique et morale dans laquelle sont tenues les classes non possédantes est impossible. Il y faudrait un volume spécial, et tout ne serait pas encore dit. Il importe cependant d'établir en bloc, _pardes clu!Ires d'ensemble et par des faits caractéristiques, l'état social du prolétariat afin de bien démontrer combien est encore éloignée de nous la réalisation du contrat économique et politique. C'est ce que nous allons faire le plus rapidement possible. A. - Ainsi que nous l'avons vu plus haut, le régime de la grande industrie tend à séparer de plus en plus le travailleur de l'instrument de travail, conséquemment de ses moyens d'émancipation personnelle. Un tel régime constitue pour les travailleurs le plus complet asservissement qui se puisse imaginer, Le mot de bagnes capitalistes a été souvent prononcé par les ouvriers, pour désigner les usines et manufactures modernes, et beaucoup de personnes peu informées ont cru à une exagération socialiste. Le mot n'est pourtant pas trop fort pour une grande partie de ces établissements. Celui qui écrit ces lignes a été ouvrier. Il peut donc apporter des faits d'expérience. Or, les maisons où l'on chante en travaillant deviennent rares; celles où l'on fume encore plus rares. Dans certaines maisons, le patron n'autorise que la pipe, parce qu'on peut la garder entre les dents sans perdre de temps pour la prendre ou la poser comme il faut le faire pour la cigarette. Dans d'autres maisons, les ouvriers sont condamnés au silence forcé, tout comme dans les maisons de détention. Toute minute inemployée étant perdue pour le chef d'industrie, dont le coüteux matériel ne peut.chômer sans perte, c'est la machine automatique qui règle l'activité de l'ouvrier. Aussi tout marche au sifilet et à la cloche dans les usines et ateliers modernes.

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